Le Parlement catalan a déclaré l'indépendance

Les parlementaires ont annoncé que la Catalogne devenait un « État indépendant prenant la forme d'une République ». Le gouvernement central et les partis anti-indépendantiste protestent.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Le Parlement de Catalogne a adopté vendredi une résolution déclarant que la région devient un « État indépendant prenant la forme d'une République », une rupture sans précédent en Espagne. Cette résolution constitue « la République catalane, comme État indépendant et souverain, de droit, démocratique et social ». La résolution a été adoptée en l'absence de l'opposition, qui avait quitté l'hémicycle, par 70 voix pour, dix voix contre et deux abstentions. Les partis séparatistes – allant de l'extrême gauche au centre-droit – sont majoritaires en sièges (72 sur 135) au parlement. Les élus ont ensuite entonné l'hymne nationaliste et crié « Vive la Catalogne ! ». À l'extérieur du parlement, plusieurs dizaines de milliers de manifestants indépendantistes ont salué par des clameurs de joie l'annonce du résultat.

Lors des dernières régionales, en 2015, les indépendantistes avaient obtenu 47,8% des suffrages. Les partis séparatistes font cependant valoir les résultats du référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre, qui avait été émaillé de violences policières : 90 % de « oui » à la sécession, avec 43 % de participation.

Article 155, la riposte de Madrid

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a immédiatement réagi sur Twitter en promettant de « restaurer la légalité » en Catalogne. Brandissant la résolution, Carlos Carrizosa, du parti anti-indépendantiste Ciudadanos, a quant à lui déclaré: « Ce papier que vous avez rédigé détruit ce qu'il y a de plus sacré, la coexistence » en Catalogne. « Comment a-t-on pu en arriver là ? », s'est demandé Alejandro Fernandez du Parti populaire (conservateur) de Mariano Rajoy, évoquant « un jour noir pour la démocratie ».

Alors que la région menaçait depuis des semaines de faire sécession, le gouvernement de Mariano Rajoy a demandé aux sénateurs l'autorisation de déclencher l'article 155 de la Constitution – jamais appliqué jusqu'alors – qui permet de suspendre de facto l'autonomie de la région. Il devait obtenir le feu vert du Sénat dans l'après-midi.

L’article 155 est une mesure délicate à appliquer. Pour la Catalogne, il suppose un recul important, qui rappellerait la dictature de Francisco Franco (1939-1975) pendant laquelle elle avait été privée de cette autonomie. Le gouvernement espagnol affirme cependant qu'il veut uniquement en faire usage pour « restaurer l'ordre constitutionnel », pendant six mois, face aux menaces de sécession des indépendantistes. Il promet d'y organiser des élections au plus vite, dans un délai de six mois maximum.

Mais la mesure choque d'autant plus localement que c'est justement autour du débat sur les compétences de la Catalogne, meurtrie par l'annulation partielle en 2010 par la justice d'un statut lui conférant de très larges pouvoirs, que s'est nouée la crise actuelle.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents