Pas de quartier(s) pour les politiques
« Paternalisme », « trahison », « OPA »… les mots durs dénoncent l’action de la gauche dans les zones les plus pauvres. Mais loin d’être désœuvrée, la population s’organise en dehors des cercles classiques.
dans l’hebdo N° 1474 Acheter ce numéro

Quand Delphine pousse la porte des services sociaux à Gonesse, ville populaire de 26 000 habitants dans le Val-d’Oise, elle est déterminée. Du haut de son mètre soixante, cette aide hôtelière à l’hôpital publique – un poste situé en dessous des aides-soignantes dans la hiérarchie hospitalière – exige de rencontrer l’assistante sociale : « J’ai remboursé les 16 000 euros de retard de loyer, je veux que le bailleur lève la mesure d’expulsion et rétablisse mes APL. » Un grand Noir s’engouffre derrière elle dans le bureau de la secrétaire : « Je suis son haut-parleur, affirme-t-il, je représente l’association Force citoyenne. » « Vous êtes bien entourée ! », grince la secrétaire en lançant un regard à Delphine. Et c’est vrai que cette ancienne électrice du Front national a su bien s’entourer. Elle a trouvé Hadama Traoré – avec un « H », contrairement à son homonyme, victime de violence policière – sur Facebook : « Je cherchais quelqu’un pour me soutenir dans mes démarches et je l’ai appelé, explique cette habitante de cité HLM. Quand tu fais du bruit seule, tu passes pour une folle, mais quand tu arrives à plusieurs, le rapport de force est différent. »
« Les bailleurs sont intouchables »Rééquilibrer ce rapport de force, prendre la défense des invisibles et drainer cette énergie revendicative. Tels sont les objectifs de La révolution est en marche, un mouvement qui englobe Force citoyenne et un parti politique nommé Démocratie représentative. C’est Hadama Traoré, habitant de la cité des 3 000, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), qui lui a donné naissance en janvier. Aujourd’hui, la page Facebook du mouvement est suivie par 15 000 abonnés, principalement issus des cités dites « sensibles ». Et Hadama Traoré est connu dans nombre de ces zones reculées, où les institutions, quelles qu’elles soient – bailleurs sociaux, mairies, écoles… –, sont vécues à la fois comme écrasantes mais aussi impuissantes à régler les problèmes de la population. Renvoyant les usagers les plus précaires à une situation d’habitants isolés, sans voix et sans pouvoir.
« En France, quand vous avez des problèmes, vous la fermez », aurait intimé une représentante du bailleur à plusieurs voisins de Delphine, rassemblés par hasard dans le hall de
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