Poutine digère mal l'exclusion de son pays des JO d'hiver

Le Président va être contraint de faire campagne pour sa réélection pendant les Jeux d'hiver en Corée, dont l'équipe russe est exclue pour dopage.

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Privé de Jeux olympiques d’hiver par le Comité international olympique (CIO), Vladimir Poutine a immédiatement tenté d’occulter l’offense (dixit la télévision de Moscou) faite à la Russie en annonçant qu’il serait candidat à l’élection présidentielle du mois de mars prochain.

Or, en dépit des efforts de la censure et du contrôle médiatique, les Russes sont de plus en plus nombreux à savoir que leurs Jeux d’hiver, à Sotchi en 2014, ont coûté au moins 40 milliards d’euros.

Comme Politis avait pu le constater en 2014 sur place au cours d’un reportage, les installations olympiques ont bouleversé l'espace montagneux dominant la ville de Sotchi, dont il faut rappeler qu’elle est une station balnéaire de la mer Noire. Une autoroute, des tunnels, une ligne de chemin de fer, une ville nouvelle en altitude, les salles et les pistes avaient effacé une zone naturelle protégée depuis les années 1920 et fait disparaître une rivière et plusieurs lacs. D’où une facture qui n’a jamais été officiellement dressée, mais qui est au minimum sept fois supérieure à celle des Jeux de Vancouver en 2010. Une dépense qui passe de plus en plus mal, notamment dans les espaces ruraux. Sans oublier la corruption.

Un site olympique détruit et désert

Les Russes savent aussi de façon de plus en plus précise que les dizaines d’hôtels, de restaurants et de magasins construits dans la montagne au pied des pistes n’ont jamais resservi. Ils n’ignorent pas non plus que le train ne fonctionne plus et que de nombreuses avalanches ont détruit ou endommagé les pistes de ski, les installations de saut et la plupart des canons à neige.

Bref, les lieux olympiques sont abandonnés à 90 % et ne servent plus à rien. Cette situation, même si elle n’empêchera pas la victoire Vladimir Poutine, pourrait contribuer à inciter des millions de Russes à rester chez eux plutôt que d’aller voter. C'est l’angoisse principale du pouvoir en place.

De plus, en interdisant à la Russie de participer aux Jeux d’hiver coréens, le CIO ne sanctionne pas seulement une vaste opération de triche et de dopage supervisée par les FSB (ex-KGB) sous la direction du ministre des Sports, Vitali Moutko, et de son adjoint. Sans le dire, et parce que la raréfaction des villes candidates l’inquiète, le CIO veut exprimer son refus d’une constante inflation des coûts, hiver comme été. Bien que, sur le point du gigantisme comme sur celui de l’exaltation nationaliste, il paraît difficile de revenir en arrière. L’attribution des derniers Jeux au Japon et à la France l’ont rappelé.

Candidature présidentielle en contre-feu

L’« offense » faite aux Russes, et donc à son actuel et futur Président, entraîne une série de polémiques internes en partie destinées à l’étranger. Vladimir Poutine a tenté de les désamorcer en avançant l’annonce de sa candidature d’un mois au cours d’une banale visite dans une usine de Nijni Novgorod, comme si l’événement était de peu d’importance, ce qui n’est pas le sentiment de nombreux Russes. D’autant plus qu’il est question que la télévision russe ne retransmette aucune image des Jeux, alors qu’une partie des téléspectateurs, cela se vérifie dans des sondages, reste très attachée aux sports de glisse ; ils apprécient aussi des séquences télévisées débarrassées de la tutelle ou de la surveillance du pouvoir. De vives discussions ont lieu aussi autour de la participation de quelques « athlètes propres » sous pavillon olympique et sans hymne russe, alors que de nombreuses personnalités liées au sport sont bannies, pour certaines à vie, des enceintes olympiques.

De toute façon, alors qu’une partie de la population rend le Kremlin responsable de la punition infligée par le CIO, Vladimir Poutine va utiliser cette décision dans sa campagne, sur le thème d’une décision politique destinée à affaiblir et à humilier son pays. Argument en partie usé, puisque que de discrètes enquêtes annoncent actuellement 70 % d’abstention en mars.


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