Syrie : La demi-trêve de Poutine

Dans la Ghouta orientale, les civils sont les premières victimes du régime d’Assad. Une trêve de cinq heures par jour entre en vigueur aujourd’hui.

Denis Sieffert  • 27 février 2018 abonné·es
Syrie : La demi-trêve de Poutine
© photo : ABDULMONAM EASSA / AFP

Une « trêve humanitaire » quotidienne de cinq heures est entrée en vigueur mardi dans l’enclave rebelle de la Ghouta orientale, cible depuis dix jours d’une terrible campagne de bombardements qui a fait 560 victimes civiles, dont 130 enfants. Une trêve décrétée « sur ordre du Président Vladimir Poutine », selon le communiqué du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou. Ce qui en dit long sur les limites du « pouvoir » de Bachar Al-Assad, et qui tendrait aussi à confirmer que l’aviation russe est directement impliquée dans les bombardements. On est loin de l’application de la résolution adoptée le 24 février par le Conseil de sécurité de l’ONU, mais c’est évidemment mieux que rien. La résolution réclamait que « toutes les parties au conflit cessent les hostilités sans délai pour au moins trente jours consécutifs », mais elle prévoyait surtout des exceptions pour les combats contre les divers groupes « terroristes ». Or, le régime syrien, comme son allié russe, qualifie de « terroristes » tous les rebelles.

En réalité, ce sont bien les civils qui sont visés. Les témoignages des correspondants de l’AFP ne laissent aucun doute. Ils décrivent « des corps alignés dans des morgues d’hôpitaux de fortune, des enfants en pleurs, le visage ensanglanté, des secouristes à bout de force, enveloppés dans des nuages de poussière grise tentant de dégager des victimes des décombres… ». Un médecin cité par l’AFP a une nouvelle fois évoqué des soupçons d’armes chimiques : « Une odeur de chlore se dégage des vêtements et de la peau de la plupart des patients », a-t-il rapporté.

Mais cette fameuse « ligne rouge » des armes chimiques se retourne aujourd’hui contre ceux qui brandissent la menace d’une intervention militaire contre le régime. Une intervention dont ils n’ont pas les moyens. D’où une propension à entretenir artificiellement le doute. C’est le cas de la France : « Aujourd’hui, nous n’avons pas, de manière établie par nos services, la preuve que des armes chimiques proscrites par les traités ont été utilisées contre les populations civiles », avait affirmé le président de la République, le 14 février. Plusieurs ministres ont depuis répété ces « éléments de langage » qui témoignent de l’embarras de Paris. Plus grave : cette « ligne rouge » qui n’en est pas une s’apparente pour le régime de Damas à un véritable permis de massacrer avec des bombes conventionnelles, ou avec cette autre arme qui s’appelle la faim. Depuis 2013, en effet, les quatre cent mille habitants de la Ghouta sont assiégés, privés d’approvisionnement en nourriture et médicaments.

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