Un hagiographe d'Emmanuel Macron à la tête de LCP

Bertrand Delais, auteur de deux documentaires sur le Président et sympathisant d'En marche, a été choisi pour diriger la chaîne parlementaire par les seuls représentants de la majorité.

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C’est finalement Bertrand Delais qui a été choisi pour diriger la chaîne parlementaire LCP-AN, à l’issue d’un processus de sélection auquel s’étaient présentés onze candidats. Ce journaliste et documentariste a été élu par le bureau de l'Assemblée nationale – 13 voix pour, 7 contre – sur proposition du président de l'Assemblée (LaREM) François de Rugy, après un long débat « très tendu », selon un député de l'opposition. Il était en effet de notoriété publique que Bertrand Delais, connu pour être l'auteur de deux documentaires hagiographiques sur Emmanuel Macron, « En marche vers l'Élysée » sur la campagne victorieuse du fondateur d’En marche (diffusé sur France 2 au lendemain de l’élection) et « Dans la tête d’Emmanuel Macron » (produit quelques mois plus tôt par LCP), était le candidat voulu par l’Elysée.

« Toutes les oppositions ont voté contre [Delais, NDLR] et la macronie a fait bloc », souligne la députée (FI) Clémentine Autain, membre du bureau de l’Assemblée, pour qui « ce choix scandaleux confirme le mépris de la macronie pour le pluralisme ». « Bertrand Delais n'est pas simplement un sympathisant d'En marche, estime-t-elle, c'est un militant », comme en témoigne son compte Twitter où il « milite pour le président de la République et sa majorité et contre les autres familles politiques ».

Bertrand Delais tient également un blog sur le Huffington Post, où il qualifiait Emmanuel Macron en octobre 2017 de président « optimiste », « qui assume de rentrer dans l'histoire ». « La nomination d’un hagiographe d’E. Macron à la tête de LCP en dit long sur ce pouvoir qui méthodiquement cherche à neutraliser tous les contre-pouvoirs », a tweeté de son côté Olivier Faure, le patron des députés PS.

LCP entre fatalisme et attentisme

Bertrand Delais, dont le projet prévoit notamment la nomination de l'ancienne présentatrice d'« Envoyé spécial », Guilaine Chenu, au poste de directrice des contenus, prendra ses fonctions le 8 juin. Il succède à Marie-Ève Malouines qui était candidate au renouvellement de son mandat. Très contestée au sein de la rédaction, elle avait notamment dû faire face début janvier à une motion de défiance de la rédaction qui lui reprochait d'avoir réintégré le présentateur de la chaîne, Frédéric Haziza, accusé d'agression sexuelle par une de ses collègues. L’ambiance au sein de la rédaction était « Tout sauf Malouines ! », selon un de ses membres interrogé mercredi matin par l’AFP.

La nomination de Bertrand Delais y a été accueillie dans un mélange d’attentisme et de fatalisme. « De Rugy a plié le genou. Les Marcheurs voulaient Delais, ils l’ont », commente un membre important de la rédaction qui attend de voir ce que le nouveau président fera de sa nomination. « On ne le connaît pas, mais ce n’est pas pire que Marie-Ève Malouines qui avait fait une liste noire des invités à ne pas inviter (Pascal Boniface, tout Mediapart, Thomas Guénolé, Rokhaya Diallo, etc.) », note un journaliste. « Depuis toujours les patrons de LCP étaient proches du pouvoir, atteste un proche de la chaîne. Malouines était vallsiste. C’était plus discret mais non moins perfide. Là on attend de voir. »


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