Dossier : Turquie : La démocratie étranglée

Le péril Erdogan

Les élections du 24 juin ressemblent à un quitte ou double pour l’autocrate d’Ankara, au pouvoir de plus en plus personnel mais affaibli par le ralentissement économique et les tensions internationales.

Visiblement, Recep Tayyip Erdogan n’a pas encore tout à fait réussi à mettre en place le régime dictatorial dont il rêve.

La preuve : le double scrutin, présidentiel et législatif, du 24 juin apparaît nettement plus ouvert que prévu. Malgré la mise en coupe réglée du pays au lendemain de la tentative de putsch du 15 juillet 2016, malgré 50 000 arrestations, des purges massives dans l’administration et l’appareil judiciaire, le président turc n’a apparemment pas réussi à faire taire ses opposants. Deux candidats pourraient le mettre en échec : Muharrem Ince, du Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste), apprécié pour ses talents oratoires, et l’ancienne ministre de l’Intérieur, Meral Aksener. Mais, au-delà de la personnalité de ses rivaux, c’est le contexte général qui est moins favorable.

Abonné à la victoire depuis 2003, avec son parti islamo-conservateur AKP (Parti de la justice et du développement), d’abord Premier ministre, puis président, Erdogan a longtemps surfé sur une situation économique porteuse. Il avait surtout réussi à incarner un islamisme certes conservateur du point de vue des mœurs, mais institutionnellement démocratique. Tout-puissant à l’intérieur, il avait également pu nourrir de grandes ambitions à l’extérieur. L’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Égypte et en Tunisie lui avait fourni de précieux points d’appui. Le « modèle turc », musulman démocrate, était cité en référence. Ankara occupait alors une place centrale au point de jouer les médiateurs entre Israël et la Syrie. Tout ce bel édifice s’est peu à peu effondré. Selon l’économiste Ahmet Insel (1), « le rêve démocratique a été victime d’un ressentiment qui a gagné les cercles du pouvoir vis-à-vis de l’Union européenne, fermant la porte d’entrée à la Turquie après l’avoir entrouverte ». Il s’ensuivit un virage anti-occidental et un repli sur les valeurs traditionnelles.

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