Mexique : López Obrador, l’espoir à gauche

Le favori de la présidentielle, candidat atypique, promet une lutte radicale contre la corruption et des réformes sociales majeures.

Un président de gauche pour le Mexique : la perspective, très réelle, a de quoi donner le vertige politique dans un pays gouverné depuis l’après-guerre par l’hégémonique Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, libéral centre-droit), règne à peine interrompu dans les années 2000 par le PAN (conservateurs), qui n’a résolu aucun des grands problèmes des Mexicains.

Dans la campagne du Tabasco, État du sud frontalier du Guatemala, on voit parfois dans les maisons un autel consacré à Andrés « Manuelito », semblable à ceux dédiés à saint Jude ou à sainte Rita – patrons des causes perdues. Face à l’impuissance des partis politiques dominants, le candidat Andrés Manuel López Obrador, « Amlo », cristallise l’espoir d’un peuple accablé de maux endémiques – violence meurtrière des cartels, corruption, pauvreté. L’élection passionne le pays entier, tout autant que la Coupe du monde de foot. Depuis des mois, López Obrador domine sans partage toutes les enquêtes d’opinion. Et sa popularité n’a pas faibli d’un pouce alors que près de 88 millions d’électeurs (pour 125 millions d’habitants) sont appelés le 1er juillet à élire, sur un tour, leur président. Dans les derniers sondages, il était crédité de 48 % des intentions, contre 38 % pour Ricardo Anaya (PAN) et 20 % pour José Antonio Meade Kuribreña (PRI).

On votera aussi pour renouveler le Parlement fédéral, où le Morena, parti d’Amlo, devrait obtenir une majorité relative devant le PAN, huit gouverneurs (sur 32) et le maire de Mexico. Le PRI, parti du président sortant, Enrique Peña Nieto, est annoncé comme le grand perdant – son retour en 2012, après douze années d’expérience d’une droite dure, est un échec absolu. Quant au PRD, naguère leader de la gauche mexicaine, il devrait se contenter de miettes.

Si l’engouement qu’il suscite promet de bouleverser l’ordonnancement politique longtemps immuable du Mexique, López Obrador n’est pas tombé de la dernière pluie. À 64 ans, il tente pour la troisième fois de devenir président. Et, comme à chaque fois, la droite s’est déchaînée dans d’incroyables campagnes de diffamation, relayées par de nombreux médias, jusqu’au très libéral Washington Post, qui l’accuse : trop proche des gouvernements cubain et vénézuélien, il reviendrait aux politiques étatiques des années 1970, renégocierait l’Alena (accord de libre-échange nord-américain) et aggraverait ainsi les tensions avec les États-Unis. L’hommage, en quelque sorte, à un authentique projet latino-américain de gauche.

Fils de commerçants, Amlo n’a pas fait ses études aux États-Unis, comme la majorité de l’élite politique, mais au Mexique. Sa carrière commence, comme pour presque toute sa génération, aux côtés du PRI, qu’il quitte en 1988. L’année suivante, il participe, avec Cuauhtémoc Cárdenas, à la fondation du Parti de la révolution démocratique (PRD, gauche). Dans le Tabasco, il a laissé le souvenir d’un homme proche des plus humbles et particulièrement des Indiens Chontales. Il a appelé à la résistance civile, bloqué les installations du pétrolier national Pemex pour obtenir l’indemnisation des paysans et des pêcheurs affectés par la pollution, pris la tête d’une marche-exode vers Mexico pour dénoncer les pratiques du PRI…

Le PRD devient la -deuxième force de la Chambre des députés et décroche trois postes de gouverneur ainsi que la mairie de Mexico, prise par Cárdenas, auquel succède Amlo en 2000. Il transforme radicalement les institutions et le visage de la capitale fédérale : lutte contre la corruption, les abus de pouvoir et les intérêts personnels, priorité aux plus vulnérables, nouveaux droits sociaux, démocratie participative, déclarations de salaire et de patrimoine, construction de lycées…

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