Dossier : Turquie : La démocratie étranglée

Turquie : « Un climat de peur dans toute la société »

Défenseur des droits humains, Osman Isci témoigne d’atteintes du pouvoir tous azimuts depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016.

Membre de l’Association de défense des droits humains en Turquie (IHD) et du comité exécutif d’EuroMed Rights, Osman Isci revient sur presque deux ans de menaces, de harcèlements et de tentatives d’intimidation visant à faire obstacle au travail des défenseurs des droits. Les mesures exceptionnelles permises dans le cadre de l’état d’urgence, décrété en juillet 2016 au lendemain de la tentative de coup d’État, ont notamment permis de faire fermer plus de 1 300 organisations non gouvernementales et de pousser des centaines d’autres à cesser leurs activités. « Il existe désormais un immense vide en matière de conseil et de soutien apportés aux victimes. Cela me brise le cœur », a déclaré Zozan Özgökçe, de l’Association des femmes de Van, à Amnesty International. Implantée dans tout le pays, l’IHD est l’une des principales et des plus anciennes associations des droits humains en Turquie, et compte près de 10 000 membres.

En quoi consiste votre travail, en particulier depuis la déclaration de l’état d’urgence en juillet 2016 ?

Osman Isci : Notre mission est de protéger et de promouvoir les valeurs et les principes des droits humains. Nous sommes actifs sur toutes les questions relatives aux violations des droits fondamentaux, notamment celles visant la liberté d’expression et les droits des femmes et des personnes LGBTI+. Notre association milite aussi pour une résolution pacifique et démocratique des conflits opposant l’État à certaines minorités, -particulièrement kurde et arménienne. Par ailleurs, nous essayons de fournir, dans la mesure de nos moyens, une aide juridique et médicale gratuite.

Maintenir ces objectifs en dépit de l’état d’urgence n’est pas facile, mais l’association parvient tout de même à fournir de la documentation et des rapports argumentés. En ce moment, nos principales préoccupations concernent la torture et les mauvais traitements. Nous travaillons sur les pressions subies par les avocats, les syndicalistes, les universitaires, les journalistes et les défenseurs des droits humains, mais aussi sur les entraves à la liberté de réunion et d’expression dans les médias ou sur les réseaux sociaux (1).

De nombreux membres de votre association font d’ailleurs l’objet de procédures judiciaires ou sont en prison. Quelles sont vos conditions de travail ?

Depuis sa création en 1986, notre association n’a jamais été à l’abri des menaces et des attaques. Dans les années 1990, nous avons surtout été la cible d’agressions physiques, et une vingtaine de membres ont été assassinés.

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