Festival d'Avignon : Le théâtre comme la corrida

Rescapé de l’échec scolaire, Éric Domange a trouvé sa voie dans la scène et l’écriture et se produit souvent en prison. Au Festival d’Avignon, il présente deux de ses pièces, sur un registre résolument social.

Au four et au moulin. Ou plutôt un jour pair et un autre impair. Éric Domange alterne deux pièces de théâtre dans un écrin de choix : l’Espace Alya, situé au cœur du festival off d’Avignon. Un lieu conçu comme un village théâtral, avec ses salles climatisées, ses espaces scéniques en extérieur, un amphithéâtre et une guinguette. Deux pièces oscillant entre l’intime et l’universel, où l’un se glisse dans l’autre et inversement, touchant à l’identité, au sens de la vie : le suicide d’une part, la radicalisation d’autre part.

Jour pair : L’Âme de fond, ou le récit d’un homme à la première personne, masqué, perché sur un escabeau, en réanimation après une tentative de suicide, traquant le cours de son histoire. À l’évidence, il n’est pas tout seul dans sa caboche. Et dérouille sévère. Entre la vie et la mort, son errance égrène d’insolites et saugrenues rencontres, imaginées par une mémoire en vrac, fabriquant du faux avec du vrai, du guerrier indien au concierge du paradis.

Au spectateur de suivre ce capharnaüm cérébral, cette solitude, cet isolement renforçant les troubles, d’y voir clair dans la perte des discernements. « Ma ligne d’horizon n’est plus qu’un avenir écrasé sur lui-même », songe l’homme, fébrilement. Diable ! Ça pourrait être tragique, ça ne l’est pas. À la manière d’un tableau de James Ensor, Éric Domange déploie la métaphore poétique au long d’un soliloque tragicomique, écrit au cordeau, où le verbe est bousculé par les images qui vont, viennent, voguent et accostent sans relâche.

Jour impair : Deux minutes après moi. Un spectacle articulé autour de la radicalisation, s’ouvrant sur une explosion. Yzak a disparu lors d’un attentat suicide. Pourquoi un tel geste ? Étirant les deux dernières minutes qui ont précédé ce vol en éclats pour animer les ressorts et les mécanismes du drame, le personnage s’interroge sur la manipulation et les fragilités d’un bonhomme devenu « une pierre que l’on a jetée dans l’eau trouble d’un idéal ».

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