Dossier : Aux arbres, citoyens !

La forêt aux abois

Depuis l’Antiquité, les hommes ont abondamment ponctionné les ressources sylvicoles. Jusqu’à prendre conscience, en France au XIXe siècle, de leur finitude et enfin inverser la tendance.

La forêt des Gaulois, dans laquelle batifolaient les sangliers, mais aussi des bisons et des aurochs, couvrait une quarantaine de millions d’hectares, soit les trois quarts du territoire actuel de la France (1). Preuve que, contrairement à une légende tenace forgée par Jules César évoquant un pays « chevelus », la Gaule n’était pas seulement une forêt peuplée de chasseurs que les Romains venaient déranger, mais déjà une contrée de défricheurs et d’agriculteurs. D’ailleurs, quelques siècles plus tard, sous Charlemagne, la forêt, selon les historiens, ne représentait plus que 30 millions d’hectares et reculait sous la hache des Francs.

Jusqu’au Xe siècle – le territoire étant désorganisé après la fin de l’Empire romain –, les forêts regagnent du terrain, avant de régresser rapidement à partir du siècle suivant. Pour de nombreuses raisons : à mesure que la population augmente, les besoins en bois de chauffage et de construction s’accroissent, l’agriculture défriche, et les troupeaux, de plus en plus nombreux, paissent en forêt et limitent sa régénération naturelle. À la fin du XIIIe siècle, l’espace forestier ne représente plus que 13 millions d’hectares, et il est essentiellement organisé pour les chasses royales et seigneuriales.

Cette situation de relative pénurie subsiste au point d’inciter Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV, à prononcer la célèbre phrase : « La France périra faute de bois. » Condamnant les errements des siècles précédents, souvent liés à l’incompétence ou à la corruption des responsables forestiers, Colbert prend en 1669 une ordonnance de « réformation » de la gestion forestière pour faire face à de nouveaux besoins. Il faut alimenter les premiers hauts fourneaux, les forges, les verreries, les cristalleries, les usines de porcelaine, les tanneries, et l’on a toujours besoin de bois d’œuvre ou de chauffage, ainsi que de charbon de bois. Enfin, il faut construire des navires de plus en plus grands. Deux mille arbres sont nécessaires pour un bateau, et le seul entretien de la marine de guerre, en pleine expansion, représente l’équivalent annuel de 100 000 hectares de forêt. Les efforts de Colbert et de ses successeurs ne parviendront qu’à limiter les dégâts. Avant la Révolution, la surface forestière est réduite à 7 millions d’hectares.

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