Dossier : Prisons surpeuplées, un mal français

« On ne peut pas faire du “en même temps” sur les prisons »

Pour Cécile Marcel, derrière des discours encourageants, le projet de réforme pénale constitue finalement un recul dans la lutte contre la surpopulation carcérale.

Le président de la République entend incarner un tournant, une troisième voie entre un prétendu laxisme pénal et la case obligatoire de la détention. Pour autant, dans le projet de loi annoncé, Cécile Marcel ne constate aucune mesure efficace pour mettre un terme à une situation dramatiquement enracinée.

Quelle lecture faites-vous du projet de loi ?

Cécile Marcel : Une lecture plutôt critique par rapport aux intentions affichées, car le discours était assez fort. Il est rare d’entendre dire au plus haut niveau de l’État que la prison ne représente pas l’alpha et l’oméga de la peine, et qu’elle peut être un échec pour la société. Malheureusement, le texte final est très éloigné de cette philosophie. Nous craignons même qu’il ait un effet contraire à celui escompté. C’est aussi l’avis d’un syndicat de directeurs de prison inquiet d’une augmentation massive du nombre de détenus.

Que pourrait changer l’augmentation du parc pénitentiaire ?

La déception réside justement dans le fait que le gouvernement ne renonce pas à sa proposition de construction de prisons. Emmanuel Macron avait laissé entendre qu’il ne fallait pas s’arc-bouter sur les projets immobiliers. Or, 7 000 nouvelles places se retrouvent dans le projet de loi. On ne peut pas faire du « en même temps » sur cette question. On ne peut pas, dans le même temps, diminuer la surpopulation carcérale et construire de nouvelles places. Politiquement, c’est intenable, financièrement aussi puisque l’immobilier absorbe l’ensemble des fonds de l’administration pénitentiaire. Quand on construit, il n’y a plus de budget pour améliorer les conditions de détention du parc existant, et encore moins pour développer les alternatives à l’emprisonnement et la prise en charge de personnes en milieu ouvert.

Qu’y aurait-il de nouveau ?

La réforme est finalement très peu ambitieuse. En clair, on prétend au progrès quand il y a une régression. Pourquoi ? Aujourd’hui, la loi exige que les peines de moins de deux ans puissent être aménagées. Cela se concrétise par un rendez-vous avec le juge d’application des peines (JAP), qui peut décider d’aménager la peine pour la faire exécuter en milieu ouvert. Ce passage donne le temps aux équipes d’enquêter sur la situation de la personne et ses problématiques sociales. Dans le projet de loi, les peines d’un à deux ans sont exclues de ce processus, et pour celles de six mois à un an l’examen devant le JAP ne sera plus systématique.

Le texte passe-t-il à côté de son objectif : lutter contre la surpopulation carcérale ?

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