Catherine Sinet, joyeusement consternée

Lancé dans l’improvisation, Siné Mensuel fête aujourd’hui ses dix ans. Sa directrice se félicite d’un titre satirique libre et indépendant. À son image de bourlingueuse et rebelle.

Voilà dix ans, « Gérard Collomb était socialiste, Emmanuel Macron était banquier, Virginie Calmels produisait de la télé-réalité et Donald Trump finançait les démocrates. Jacques Attali en était à son 92e rapport. DSK aussi (mais lui, c’était par jour)… » C’est là un extrait du billet d’humeur que signe Charline Vanhoenacker dans ce hors-série anniversaire de Siné Mensuel. Parce qu’il y a juste dix ans paraissait le premier titre de Siné Hebdo. Dix ans « à faire du mal… et ça fait du bien ».

Ils sont quelques-uns, aux côtés de la trublionne de France Inter, à saluer cette décennie dans ce numéro particulier : Isabelle Alonso, Delfeil de Ton, Philippe Geluck, Didier Porte, Jackie Berroyer, Benoît Delépine… Avant de retracer le parcours du journal à grand renfort d’articles et de dessins.

Aujourd’hui, Siné Mensuel peut savourer son anniversaire en grande pompe. Trente-deux pages paraissant le premier mercredi du mois, gavées de textes et de dessins, un ton féroce, une ironie braillarde, des réflexions pertinentes et impertinentes. Six salariés permanents, un tirage à 42 000 exemplaires, 3 000 abonnés et quelque 20 000 canards vendus en kiosque, à 95 % en régions. Preuve d’un journal guère parisianiste.

Mais qu’on revienne en arrière : au début de l’été 2008, Siné (Maurice Sinet de son vrai nom), alors à Charlie Hebdo depuis une quinzaine d’années, rédige un papier ironique sur Jean Sarkozy, qui s’apprête à épouser une héritière de la famille Darty. Reprenant une info de Libération, le chroniqueur s’amuse à voir dans le fiston un bientôt converti au judaïsme à l’occasion de son mariage. Et ponctue sa chronique par « il ira loin, ce petit ». Proche de Nicolas Sarkozy, Philippe Val, patron de l’hebdo, n’apprécie guère. Siné, taxé d’antisémitisme, est viré. Un injuste procès, vu le parcours intime et professionnel du bonhomme, qu’il gagnera en justice.

Poussé par une bande de copains, le dessinateur décide de créer dans la foulée son propre journal, entraînant sa femme, Catherine, dans l’aventure. Au cahier des charges, « un canard qui ne respectera rien, n’aura aucun tabou, chiera tranquillement dans la colle et les bégonias, sans se soucier des foudres et des inimitiés de tous les emmerdeurs ». Voilà pour le décor planté par un Siné qui n’a jamais cessé d’exprimer sa colère, entre son dessin, son graphisme et sa plume coup de poing. Parmi les premiers signataires, on recense déjà les plumes de Christophe Alévêque, de Guy Bedos et de Didier Porte, les dessins de Philippe Geluck, de Berth, de Tardi, de Poussin. Et consorts.

Doigt(s) d’honneur

« On était partis pour durer trois numéros. On n’y croyait pas une seconde ! » se rappelle aujourd’hui Catherine Sinet, mine espiègle, trempée de malice, le sourire large comme un trois-mâts en route pour l’infini. Balle peau : le premier numéro, avec un autoportrait de Siné en une levant un doigt d’honneur, se vend à 140 000 exemplaires. Au deuxième numéro, toujours à la une, Bob le boss lève deux doigts d’honneur ! On n’exagère jamais assez.

L’expérience dure jusqu’en avril 2010 : le journal est en faillite… avant de revenir en kiosque en septembre 2011. On garde le même esprit, on prend les mêmes et on recommence – sous la forme d’un mensuel. En mai 2016, Siné tire sa révérence, succombe au crabe. Le titre vacille moralement dans l’absence d’un patron exigeant et câlinou à la fois. Cofondatrice du titre, Catherine ne reprend pas le flambeau ; elle poursuit l’œuvre, en toute liberté, « puisqu’on n’a pas d’actionnaires qui nous emmerdent ni de publicitaires qui nous dicteraient ce qu’il faut écrire. On n’a pas d’obligations et on essaye d’être partie prenante de la société. C’est un journal hétéroclite, avec des coups-de-bouleurs très différents qui amènent leur propre sensibilité, comme les dessinateurs. Et tous peuvent se lâcher », se félicite-t-elle.

« C’est quelqu’un qui nous a toujours impressionnés, confie Philippe Geluck. Parce qu’elle possède une force en elle et des convictions. Ce n’est pas seulement “la femme de”. » Pour dire vrai, à 70 ans et mèche, la dame n’en est pas à sa première expérience éditoriale.

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