Dossier : 10 bonnes nouvelles en Europe

Allemagne : les citoyens en pointe, les Verts en poupe

Les Grünen ont doublé leur score par rapport aux régionales précédentes.

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L e nouveau parti de masse allemand », titrait en 2010 l’hebdomadaire Der ­Spiegel. En couverture : les deux coprésidents d’alors du parti des Verts, les Grünen, surplombant une foule de manifestants. Cette une d’il y a huit ans est ressortie des mémoires il y a deux semaines. Elle semble en effet aujourd’hui des plus actuelles.

Le 14 octobre, lors des élections régionales de Bavière, les Verts allemands ont fait une percée historique. Avec 17,5 % des voix, ils ont doublé leur score par rapport aux précédentes régionales. Le SPD (social­-démocrate), lui, s’est effondré, avec à peine 9 % des voix (10 % de moins que cinq ans plus tôt). Et voilà que les Verts sont devenus le deuxième parti de l’État-région – 12 millions d’habitants – le plus riche d’Allemagne. C’est un signal politique clair, même s’ils restent derrière la droite de la CSU (Union sociale-chrétienne), parti qui dirige seul le Land de Bavière depuis des décennies, où il a encore recueilli 37 % des voix, et qui participe, depuis 2005, à toutes les coalitions gouvernementales nationales d’Angela Merkel.

Les bons résultats de Bavière ont en tout cas donné aux Grünen des ailes pour une autre élection régionale, celle de Hesse, où se trouve la ville de Francfort. Là, le 28 octobre, les Verts ont obtenu près de 20 % des voix, autant que le SPD. C’est en Hesse que les écolos sont entrés pour la première fois dans un gouvernement régional, en 1985.

Le Bade-Wurtemberg, autre Land du sud de l’Allemagne, est déjà dirigé par un Vert, Winfried Krestchmann, depuis 2011. Mais le profil de celle qui a mené la percée bavaroise est bien le signe d’un nouvel élan du parti. Pour mener cette campagne, les Verts bavarois ont misé sur une femme de 33 ans, Katharina Schulze. Toujours souriante et en tenue décontractée, la jeune femme a défendu sans ambiguïté les positions écologistes, prenant le contre-pied radical de la rhétorique conservatrice et souvent xénophobe adoptée par la droite.

Après avoir gouverné le Land pendant dix ans, Horst Seehofer (CSU), désormais ministre de l’Intérieur à Berlin, a adopté des positions de plus en plus anti-migrants et xénophobes, lorgnant du côté de l’AfD, le parti d’extrême droite qui a fait son entrée au Bundestag l’an dernier. Au même moment, Katharina Schulze qualifiait, elle, de « héros » les activistes des ONG de sauvetage en mer Méditerranée. Pendant toute la campagne, le discours des Verts bavarois a été résolument ouvert aux migrants, en plus d’être évidemment écologiste. « Les idéologies de l’extrême droite, le racisme et l’intolérance, sont diamétralement opposées à nos valeurs. Elles sont un danger pour notre démocratie », affirmait ainsi la candidate dans ses « Sept points contre l’extrême droite ». La stratégie a payé dans les urnes. Et même si les Verts ne vont pas gouverner la Bavière, qui va rester aux mains d’une coalition de droite, ils sont devenus depuis deux semaines incontournables dans la politique bavaroise.

S’agit-il d’une spécificité régionale ? La Bavière a été l’une des zones d’entrée principales des exilés en Allemagne lors de la vague d’arrivées en 2015. La population avait alors démontré une solidarité au quotidien, accueillant les migrants en gare et s’engageant pour leur intégration. Ici comme ailleurs en Allemagne, cet élan d’alors n’a pas disparu. Tout au long de l’été, des manifestations ont eu lieu à travers le pays, notamment dans de très petites villes, à l’appel de l’organisation Seebrücke (« pont de mer »). Au total, elles ont réuni des dizaines de milliers de personnes demandant des routes de migration sûres pour les exilés et des dispositifs de sauvetage en Méditerranée. Mi-octobre, une grande manifestation antiraciste a réuni près de 250 000 personnes dans les rues de Berlin, un score rarement atteint dans la capitale allemande.

Autre reflet de la réalité de l’engagement de la société allemande pour les positions des Verts : la récente mobilisation pour sauver la forêt de Hambach, dans la Ruhr. Le groupe énergétique allemand RWE avait prévu d’engloutir ce petit poumon vert dans une mine de charbon attenante, et le défrichement devait commencer en octobre. Mi-septembre, la police allemande a envahi les lieux pour en expulser les activistes qui occupaient des arbres depuis six ans. Mais, très vite, des dizaines de milliers de manifestants – jusqu’à 50 000 début octobre – sont venus chaque week-end défendre la forêt. En même temps, une organisation environnementale (le Bund, branche allemande des Amis de la Terre) a lancé une action en justice, laquelle a décidé que la destruction de la forêt devrait attendre. La police s’est retirée et la forêt est sauvée pour au moins deux ans.

Il n’est pas sûr que ce sera ensuite tenable politiquement pour l’Allemagne d’agrandir une mine de charbon, alors que les effets du changement climatique se font sentir toujours plus crûment…

Quoi qu’il en soit, la lutte de Hambach a montré aux responsables politiques qu’il existe un réel engagement citoyen des ­Allemands sur la question climatique, de même que sur l’accueil des migrants. Un engagement qui – les récentes élections l’ont prouvé – s’exprime aussi par des votes.


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