L’accueil, une politique locale

Des élus français créent une « association des villes et territoires accueillants » et dénoncent le renoncement de l’État.

Comment offrir une réponse humaine aux migrants et demandeurs d’asile ? Comment assurer les missions de l’État quand ce dernier s’en désintéresse ? Alors que le Manifeste pour l’accueil des migrants – déjà presque 50 000 signataires – interroge les pouvoirs publics, des collectivités territoriales y répondent. Le 26 septembre, à l’initiative de Damien Carême, maire Europe écologie-Les Verts de Grande-Synthe (Nord), a vu le jour l’Association nationale des villes et territoires accueillants. Le projet est né des suites de la Convention nationale sur l’accueil et les migrations, qui s’est tenue les 1er et 2 mars 2018. « Nous avons réalisé que nous n’étions pas tout seuls à galérer et à nous sentir abandonnés », explique Catherine Bassani-Pillot, conseillère municipale de Nantes. Comme une évidence, les discussions se sont poursuivies bien au-delà. Regroupant des villes comme Nantes, Grenoble ou Briançon, l’association s’est fixé pour but de refuser « toute politique remettant en cause l’accueil inconditionnel, entravant les libertés fondamentales et constituant une forme de violence institutionnelle ». Un « serment du Jeu de paume » en faveur des migrants, qui leur permet de mettre l’État face à ses responsabilités. « L’objectif de l’association, c’est de dire : “Voilà, il y a des politiques migratoires qui patinent, fabriquent de la misère et restreignent les droits humains. Là où nous sommes, nous, élus de territoires, nous voyons bien que cela n’est pas acceptable” », résume Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg en charge de l’action sociale territoriale. Dans sa charte, l’association propose de reconnaître la notion de présence temporaire, dite « de transit », de répondre aux besoins vitaux des arrivants en acquérant un statut de refuge. Et pour compléter ces demandes, une exigence du respect du droit des mineurs non accompagnés et des jeunes majeurs.

Damien Carême estime que l’accueil doit reposer « sur un triptyque associations-État-villes ». Si deux des membres de ce trio répondent à l’appel, l’État, lui, fait cruellement défaut. « À Nantes, nous organisons à sa place », raconte Catherine Bassani-Pillot. L’État, pour sa part, leur oppose une fin de non-recevoir. « C’est sa responsabilité, l’accueil est une compétence régalienne », rappelle Marie-Dominique Dreyssé. Faute de places ? Faute de personnel ? Faute de moyens ? « C’est surtout un manque de volonté politique », dénonce Damien Carême. L’élu de Grande-Synthe n’oublie pas sa rencontre avec Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur. « Il m’a dit : “On veut leur faire passer l’envie de venir chez nous.” » « L’État ne manque pas d’engagement quand il s’agit de réprimer l’immigration », abonde Éric Piolle, maire de Grenoble et membre de l’association. Le retour de l’ex-« premier flic de France » sur ses terres lyonnaises a d’ailleurs de quoi donner des sueurs froides à l’association. Symbole s’il en est, « l’assemblée constituante de l’association s’est tenue à Lyon , rappelle Corinne Iehl, maire du VIIe arrondissement de Lyon et conseillère métropolitaine. Nous craignons le pire avec son retour ». Une politique de l’inaction nauséabonde, matinée çà et là de beaux discours devant la communauté internationale, qui est venue à bout des plus motivés. « J’ai quitté La République en marche en décembre 2017, la circulaire Collomb [qui permettait aux préfectures de recueillir des informations sur la situation administrative des personnes dans les centres d’hébergement d’urgence] a été la goutte d’eau », raconte Halima Menhoudj, adjointe au maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), ancienne candidate LREM pour les législatives en 2017, et désormais membre de l’Association des villes et territoires accueillants.

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