Véronique de Viguerie, une vie en bataille

Récompensée par le prestigieux Visa d’or à Perpignan, la photoreporter couvre les guerres et les zones de tension depuis quinze ans. Animée du désir de montrer « ce qui a besoin d’être vu ».

Un an. C’est le temps qu’il a fallu à Véronique de Viguerie pour entrer au Yémen et rendre compte des tensions qui existent depuis trois ans entre les loyalistes, soutenus par l’Arabie saoudite, et les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran. Parce qu’un visa est nécessaire pour entrer au sud du Yémen et un autre pour accéder au nord, outre une autorisation de voler accordée selon le bon vouloir de l’Arabie saoudite, qui contrôle l’espace aérien de l’ensemble du pays. Sur place, les journalistes sont empêchés de se déplacer, contraints aux stratégies de contournement pour faire leur travail.

Accompagnée de sa complice rédactrice Manon Quérouil-Bruneel, Véronique de Viguerie arrive à Aden avec l’intention, grâce à un fixeur, de gagner Sanaa, au nord, où s’abattent les bombardements de la colère saoudienne sur des millions de personnes. Soit une dizaine d’heures de route et une cinquantaine de check-points à passer illégalement, dissimulées sous une robe musulmane, un voile cachant leur visage. Les deux journalistes savent qu’à chaque contrôle rien n’est demandé aux femmes, pas même leur passeport ; pas un mot ne leur est adressé.

Quand les deux femmes débarquent à Sanaa, en novembre 2017, la ville subit alors les représailles de l’Arabie saoudite à la suite du tir d’un missile balistique sur Riyad depuis le Yémen. L’aéroport et sa tour de contrôle sont détruits, les bombardements redoublent, les vols humanitaires sont suspendus.

Dès leur arrivée, Véronique de Viguerie et Manon Quérouil-Bruneel sont étroitement surveillées par les rebelles houthistes, enfermées dans leur hôtel. Chaque interview, chaque photographie est négociée. Malgré la trouille de finir en prison, elles parviennent à s’extirper de cette emprise pour fixer une guerre cachée, très peu présente dans les médias. Si les principales cibles sont les bâtiments officiels, les écoles, les exploitations et les habitations de civils, victimes de « dommages collatéraux », dans les affres de la désolation des quartiers rasés, la photographe privilégie les femmes yéménites dans les zones urbaines, piégées dans une souricière, pour beaucoup devenues chefs de famille, suppléant les hommes. Dans ce chaos quotidien, les nourrissons souffrent de malnutrition et, quand ils ne sont pas déjà enrôlés ou estropiés (depuis le début du conflit, 6 000 Yéménites ont été amputés), les mômes dérouillent plus encore, tout en jouant dans les ruines et les décombres. Entre le blocus imposé en 2016 à une population qui dépendait aux deux tiers de l’aide humanitaire et les bombardements, écrasé par la crise humanitaire, le pays compte ses morts.

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