Violences urbaines : « Marseille, c’est nous ! »

Les sœurs d’un jeune Marseillais, tué en mai dans une fusillade, mobilisent les habitants des quartiers nord et exigent des actes forts contre la circulation des armes et les trafics.

C’est une colère emplie de douleur qui explose ce lundi 29 octobre à la Maison pour tous du Plan d’Aou, petit quartier populaire perché sur une colline en surplomb du nord de Marseille. Les cinq sœurs d’Engin Günes, décédé le 25 mai dans une fusillade à la buvette d’une association sportive de l’Estaque, refusent que leur frère soit « mort pour rien » et veulent crier leur sentiment d’abandon. Le jeune homme est tombé ce soir-là d’une balle « perdue », dans un « règlement de comptes » : diagnostic posé comme une litanie, avec une froideur insupportable pour cette famille brisée.

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Soutenues par un collectif d’habitants du Plan d’Aou et le Syndicat des quartiers populaires, elles interpellent la préfecture, la mairie, le ministère de l’Intérieur et toutes les oreilles du pouvoir qui pourront entendre leur détresse. Car rien n’a changé, depuis cette soirée de mai, comme après chacun des meurtres qui secouent Marseille et les villes où le trafic de drogue propage la violence. Même la promesse symbolique faite à la famille Günes de renommer le stade de foot du quartier du nom de leur fils cadet semble avoir été oubliée par la mairie d’arrondissement, dénoncent-elles.

Les cinq sœurs réunies autour de leur mère demandent également une politique enfin efficace contre la circulation des armes de guerre. Seul moyen, selon elles, d’arrêter l’hécatombe. Car si le trafic a toujours semé la mort, dans des proportions comparables au décompte tenu aujourd’hui par les services de police – 22 morts par an en moyenne dans les Bouches-du-Rhône et déjà 19 en 2018, selon la préfecture de police –, la situation est, de l’avis de tous les témoins présents ce lundi, devenue insupportable.

Leur colère résonne bientôt aux quatre coins de la petite salle, remplie par des militants et habitants des quartiers. Des mères « devenues paranos » expriment une angoisse mêlée d’indignation, à cause du face-à-face quotidien avec les « réseaux » de trafic de drogue et ses violences. « Ces jeunes qui tiennent les murs et ceux qui tirent, ce sont les nôtres. Ils sont en détresse », se désespère Zora, une mère de quatre enfants qui vit, travaille et milite au Plan d’Aou depuis toujours.

Ces témoins expriment surtout le sentiment d’être oubliés à la misère. Celle qui pousse les jeunes vers les réseaux du trafic malgré une réalité qu’ils savent violente et un appât du gain en réalité relatif. Le trafic reste une économie très inégalitaire, où une minorité de « grossistes » engrange tous les bénéfices. Un guetteur, souvent mineur, gagne entre 40 et 60 euros par jour, à raison d’une dizaine d’heures de travail six jours sur sept, alors que les « nourrices » qui cachent la drogue perçoivent une cinquantaine d’euros et que les « charbonneurs » qui l’écoulent sont payés une centaine d’euros, à en croire la note de comptabilité d’un trafiquant marseillais retrouvée par la police en 2013 (1).

Mais l’espoir d’une ascension dans le deal joue malgré tout, comme l’absence de perspective dans la voie légale. « Aujourd’hui, c’est triste à dire, mais il est plus facile d’acheter une kalachnikov que de trouver un travail », lâche Toni Rodriguez, militant syndical au McDonald’s de Saint-Barthélémy, dans les quartiers nord, en lutte depuis six mois contre sa fermeture annoncée. Il est venu en soutien de la famille Günes et du mouvement qu’elle espère initier.

Tous se montrent donc sceptiques, face au plan de « reconquête républicaine » annoncé en septembre par le gouvernement pour 15 quartiers, avec des (maigres) renforts de police, à hauteur de 30 agents supplémentaires à Marseille. Énième annonce, qui succède à un important travail d’enquête concertée initié en 2012, avec une « approche globale » prévoyant un renfort et une fidélisation des effectifs, la création d’une préfecture de police de plein exercice, ainsi qu’un travail social pour empêcher la réinstallation des trafics démantelés, indique la préfecture à Politis.

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