Génération Sanders

Des femmes, des jeunes, des représentants des minorités, et de l’espoir entrent au Congrès.

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En apparence, rien de très surprenant dans ces élections du mi-mandat aux États-Unis. Comme prévu, les démocrates prennent la majorité à la Chambre des représentants, et les républicains conservent le Sénat. Trump, qui est toujours prêt à affirmer que la Terre est plate, voit dans cette défaite, certes limitée, une « immense victoire ». Business as usual

Ce n’est donc pas tant dans les chiffres qu’il faut chercher la nouveauté, que dans la personnalité des nouveaux élus, pour la plupart démocrates. La figure symbolique est évidemment celle d’Alexandria Ocasio-Cortez, jeune Hispanique de 29 ans, élue à New York des quartiers du Bronx et du Queens. « AOC », comme on l’appelle déjà, est née à la politique dans le sillage de Bernie Sanders, en 2016. Et, vade retro satana, elle l’emporte en se réclamant du socialisme ! Cette jeune femme éprise de justice sociale incarne une génération dépouillée des préjugés et des haines de la guerre froide, quand les mots qui font aujourd’hui son succès étaient imprononçables.

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Elle est loin d’être la seule. Le Massachusetts a élu une femme noire de 44 ans, Ayanna Pressley, elle aussi très à gauche, qui avait déjà envoyé à la retraite, lors des primaires, un vieux cacique du parti démocrate, Michael Capuano. Il faut encore citer deux candidates démocrates du Minnesota et du Michigan, qui seront les premières femmes musulmanes au Congrès. Et deux Amérindiennes, victorieuses au Kansas et au Nouveau-Mexique. Ou encore l’Américano-Palestinienne Rashida Tlaib, dans le Michigan. Liste non exhaustive.

Un nouveau paysage politique

Des femmes, des jeunes, des militants de gauche authentiques, des représentants des minorités ethniques ou sexuelles, voilà qui dessine un nouveau paysage politique plutôt rafraîchissant dans un pays qui vit dans un climat de violence et de haine entretenu à l’envi par Donald Trump. Mais à contempler ce tableau, on peut se demander si la principale victime de ce scrutin n’est pas (encore) Hillary Clinton ou, à tout le moins, sa génération de démocrates proches des milieux d’affaires.

Si ces résultats sont porteurs de promesses pour l’avenir, ils ne devraient toutefois pas bouleverser le pays dans l’immédiat. Comme la plupart de ses prédécesseurs à mi-mandat, Donald Trump risque d’être entravé par une inconfortable cohabitation avec une Chambre des représentants hostile, incarnée par la démocrate Nancy Pelosi qui a déjà promis « un nouvel équilibre des pouvoirs ». Une expression qui n’appartient pas au vocabulaire de Trump.

Le Président a surtout à craindre l’accélération des enquêtes le concernant sur ses déclarations d’impôts et les ingérences russes dans la campagne de 2016. Mais il a tout de même réussi à limiter les dégâts en imposant deux thèmes de campagne qui lui étaient favorables : l’immigration et l’économie. L’instrumentalisation des peurs xénophobes et le discours ultra-protectionniste ont fonctionné dans une grande partie de l’électorat conservateur. Même si les bons chiffres du chômage sont en partie illusoires en regard de la précarisation du travail, et alors que l’effet boomerang des taxations, notamment des produits chinois, n’est pas encore sensible.

Mais Trump peut aussi se féliciter de n’avoir pas vu émerger de rival potentiel pour 2020. Sauf peut-être le démocrate texan Beto O’Rourke, battu de justesse dans son État très conservateur et très « pétrolier » du Sud. De l’avis de tous les observateurs, il a mené une campagne de qualité sur des thèmes difficiles tels que la naturalisation de millions de sans-papiers et l’assurance santé universelle. Il a même milité pour la restriction des ventes d’armes. Au Texas, il faut oser !

Finalement, le principal vainqueur de ces élections de mi-mandat est peut-être un homme de 77 ans, réélu discrètement sénateur du Vermont : Bernie Sanders. Il n’est plus tout jeune, mais il fait école.


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