Attentat de Strasbourg : la gaffe de Nicole Belloubet

La fusillade dans la capitale alsacienne a donné lieu à des délires complotistes et à des tentatives de récupération politique, en premier lieu de la ministre de la Justice.

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L’attentat commis mardi soir dans le centre de Strasbourg, qui a fait trois morts et treize blessés, selon un bilan encore provisoire, a immédiatement donné lieu à une vague de complotisme, ainsi qu’à des exploitations politiques douteuses qui témoignent du grand désordre moral de notre société.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs « gilets jaunes » ont voulu voir la main de l'État dans cette attaque pour détourner l'attention du conflit social. Un gilet jaune de Strasbourg, cité par l’AFP, avoue ne pas pouvoir « s’empêcher de penser que c’est bizarre ». Et conclut : « C’est un coup monté. » Si ces interprétations sont évidemment délirantes, elles rendent compte du niveau d’incrédulité d’une partie des manifestants à l’égard du pouvoir.

Hélas, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a pris le risque de conforter ces visions inquiétantes en affirmant aussitôt après l’attentat que « le mouvement doit cesser ». S'attirant une réplique de Clémentine Autain : « Pourquoi instrumentaliser l'événement dramatique alors que les "gilets jaunes" ne sont pas responsables de la fusillade, a demandé la députée de la France insoumise, cela me paraît indécent. »

Quant à Marine Le Pen, elle n’a pas attendu non plus pour demander l’expulsion de tous les fichés S étrangers, alors même que le tueur est natif de Strasbourg. Laurent Wauquiez lui a emboité le pas sur le même mode. En mars dernier, le président des Républicains avait déjà demandé la mise en détention des « fichés S les plus dangereux ». Une demande qui ouvrirait la voie à un total arbitraire.

Ces tentatives de récupération politique sont intervenues alors même que la motivation terroriste du tueur, qui était toujours en fuite mercredi en milieu de journée, n’était pas établie. L’homme, âgé de 29 ans, qui a tiré sur des passants dans le périmètre du marché de Noël, est effectivement fiché S (pour « sûreté de l’État »). Connu pour des délits de droit commun, il se serait radicalisé en prison.

Intervenant au moment d’un très grave conflit social et politique, l’attentat de Strasbourg risque de donner lieu à d’autres tentatives d’exploitation. Le gouvernement, à l’instar de Nicole Belloubet, va-t-il résister à la tentation d’interdire, ou à tout le moins d’affaiblir, les manifestations prévues dans les prochains jours ?


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