Du pollueur écouté au pollueur régulé

Les multinationales les plus polluantes sont sponsors des négociations sur le climat lors des COP. Une omniprésence et un lobbying utilisés pour vider de toute substance les politiques climatiques.

Confierait-on la lutte contre le tabagisme aux cigarettiers ? Celle contre la délinquance routière aux chauffards ? Non. C’est pourtant en partie ce qui est fait en matière de lutte contre les dérèglements climatiques. Les multinationales du charbon, du gaz et du pétrole, les banques et les assurances qui les financent, les constructeurs automobiles, les cimentiers et les industriels de la chimie bénéficient pleinement d’un principe trop mal connu : « pollueur écouté, pollueur exaucé ».

Certains de ces principaux pollueurs de la planète sont ainsi régulièrement sponsors des COP, ces conférences internationales sur le climat, dont la 24e édition s’est ouverte à Katowice, en Pologne, le 2 décembre. Jastrzebska Coal Company (JSW), premier producteur de coke (charbon) de l’Union européenne, est ainsi le plus important partenaire officiel de la COP 24, aux côtés par exemple de PGE et de Tauron, producteurs d’électricité à base de charbon et de gaz.

Même si c’est la troisième fois en dix ans (après Poznan en 2008 et Varsovie en 2012), il serait trop facile d’incriminer la seule Pologne : Engie, Renault-Nissan, Suez, BNP-Paribas, Air France, EDF, parmi les multinationales françaises les plus polluantes, ne faisaient-elles pas partie des 56 sponsors privés choisis pour financer la COP 21 en 2015 à Paris (1) ?

Ce sponsoring n’est néanmoins que la face émergée de l’emprise qu’exercent les plus grands pollueurs de la planète sur les politiques climatiques. Alors que près de 70 % des émissions de gaz à effet de serre relâchées depuis 1988 sont de la responsabilité d’une centaine d’entreprises sur la planète (2), ces pollueurs disposent en effet d’un statut d’observateurs dans les COP qui leur permet d’être au plus près des négociations officielles.

À la COP 24, Chevron, Shell et le lobby européen du gaz (Total, Engie, etc.) disposent ainsi, via l’Association internationale des marchés carbone (IETA en anglais), d’un immense espace d’activités leur permettant de présenter leurs technologies industrielles – inefficaces et dangereuses par ailleurs – et les marchés carbone – défaillants – comme des instruments suffisants pour faire face au défi climatique. Résultat ? En plus de vingt-cinq ans de négociations, aucun État, aucune institution internationale n’a jamais proposé de limiter la production de charbon, de gaz ou de pétrole, et il n’a jamais été possible de définir des mécanismes visant à réduire l’exploitation des énergies fossiles. Par leur présence et leur lobbying, les industries les plus polluantes repoussent aux calendes grecques toute régulation contraignante pouvant restreindre de quelque manière que ce soit leurs activités.

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