« J’ai vu la colère de mon père dans les yeux des gilets jaunes »

Militant écologiste, André Rebelo s’est d’abord méfié des gilets jaunes. À leur contact, il a relié leur combat au sien.

André Rebelo se définit comme militant écologiste, au sein du collectif Climat social, et comme défenseur des droits des exilés. À 28 ans, il est cofondateur de l’association InFLEchir, qui crée des liens entre des étudiants de la Sorbonne et des migrants, et membre du collectif Resome, engagé pour l’apprentissage du français et l’accès à l’enseignement supérieur des réfugiés et demandeurs d’asile. Et désormais, il est sympathisant des gilets jaunes.

« C’est toujours ma sœur qui s’occupe des papiers. C’est elle qui nous a annoncé la nouvelle : mon père touchera 1 000 euros de retraite. Elle augmentera si on parvient à retrouver plus de fiches de paie, si on coche cette case plutôt que l’autre, si on remplit encore ce document, si on les empile tous pour recalculer la valeur de sa vie avec un tas de papiers morts.

Mon père est venu du Portugal à 18 ans. On accepte sa présence là où la main-d’œuvre manque, dans les champs, la jardinerie, les usines… Parqué à Frétay (Essonne) pendant un temps dans une baraque, on l’empêche de sortir avant la fin de la moisson, on le réveille à 6 heures, les contremaîtres le surveillent toute la journée, on l’enferme à nouveau à 19 heures. Plus tard, il sera maçon et sillonnera l’Île-de-France pour y construire des murs.

À 63 ans, il aurait voulu une belle retraite. Une de celles que l’on mérite lorsqu’on travaille depuis ses 11 ans dans les champs de son père, lorsqu’on a lâché l’école faute d’argent, qu’on est parti dans un pays étranger pour manger à sa faim, et qu’après des années de travail, le dos, les yeux, les jambes, le corps nous demandent du repos. Il a une épaule douloureuse, mon père, mais il devra travailler encore.

Ma mère hurle à l’injustice dans toute la maison. Elle a suivi mon père, a fait des ménages pour y enterrer son orgueil, enchaîné les petits boulots, et a mis tous ses espoirs en nous pour que l’on “ne rate jamais notre vie”. Elle s’est occupée de nous, seule, pendant que mon père s’épuisait sur les chantiers et a tout cumulé pour faire tenir la famille. Parfois, elle pleure d’angoisse de ne pas pouvoir payer ses factures. Laver des chiottes, construire des murs, “tout ça pour une retraite de merde”, dit-elle.

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