Macron zigzague pour éviter le virage social

Lâcher un peu de lest mais garder le cap : le Président espère effriter l’opinion qui soutient les gilets jaunes. Pari risqué.

Après huit jours de silence, Emmanuel Macron s’est adressé à la Nation. Le Président a annoncé plusieurs gestes en réponse au mouvement des gilets jaunes. Il a été très écouté. Et même très, très écouté puisque les chaînes généralistes qui ont retransmis son allocution ont rassemblé à elles seules (TF1, France 2 et M6) 21,3 millions de téléspectateurs, soit une audience supérieure à celle de la finale de la Coupe du monde de football. Mais a-t-il été entendu ? Certaines figures du mouvement comme la Bretonne Jacline Mouraud, porte-parole des « gilets jaunes libres », ont appelé à une « trêve » en saluant « des avancées ». Le chef de l’État est toutefois loin d’avoir convaincu l’ensemble des protestataires. Sur nombre de barrages et de ronds-points, où l’allocution présidentielle était retransmise, les commentaires reflétaient surtout l’insatisfaction : « Une mascarade », « du pipeau », « de l’esbroufe, du saupoudrage », « de la poudre aux yeux »…

Ces réactions laissent peu de doute sur l’existence d’un nouveau jour de colère samedi, cet « acte V » annoncé sur les réseaux sociaux que l’allocution présidentielle avait pour objectif d’éviter. D’abord avec un discours de grande fermeté face aux « violences inadmissibles ». « Désormais, le calme et l’ordre républicain […] doivent régner », a lancé Emmanuel Macron, assurant que l’exécutif y « mettra tous les moyens ». À quel prix ? Le droit de manifester est mis en cause quand les forces de l’ordre gazent et matraquent des rassemblements pacifiques de gilets jaunes et de lycéens. Samedi dernier, les sources officielles font état de près de 2 000 interpellations, souvent pour des motifs arbitraires, et de 320 blessés. Parmi eux, de nombreux journalistes de terrain victimes d’agissements anormaux des forces de police. Dénonçant une « menace sur la liberté d’informer », les quatre principaux syndicats du secteur (SNJ, SNJ-CGT, CFDT et FO) ont déposé lundi, comme ils l’avaient déjà fait le 26 novembre, une alerte sur la plateforme de signalement du Conseil de l’Europe.

Après cette entrée en matière répressive, Emmanuel Macron a, en 13 minutes de télévision, tiré des bords tout en maintenant son cap. En un verbe, il a louvoyé. S’affirmant sans rire en empathie avec une colère « juste à bien des égards », celle « des plus fragiles », fruit de « quarante années de malaise qui ressurgissent », il a esquissé un énième mea culpa. Pour n’avoir « pas su […] y apporter une réponse suffisamment rapide et forte », avoir pu « donner le sentiment » qu’il avait « d’autres priorités » et « blessé certains […] par [ses] propos ». Empathie encore quand, l’ancien associé-gérant de la Banque Rothschild, surfant sur la défiance des gilets jaunes à l’égard des formations politiques, a rappelé qu’il s’était « battu pour bousculer le système politique en place » et que « c’est en pressentant cette crise [qu’il s’était] présenté à [nos] suffrages », un engagement qu’il affirme n’avoir « pas oublié ».

Les quatre mesures égrénées ensuite pour répondre à ce qu’il caractérise comme un « état d’urgence économique et social » sont aux mieux timides, aux pires trompeuses : augmentation de 100 euros par mois du « salaire d’un travailleur au Smic » – parler de salaire est impropre et tous les smicards n’en bénéficieront pas –, défiscalisation et désocialisation des heures supplémentaires, prime de fin d’année défiscalisée pour les entreprises qui le peuvent, annulation de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2 000 euros (voir le détail de ces mesures ci-contre). Ce n’est pas rien, mais certainement pas un virage social. Car ces gestes sociaux semblent plus destinés à donner des gages de bonne volonté à l’opinion qui soutient les gilets jaunes qu’à satisfaire les revendications de ces derniers, qu’il n’a pas nommés une seule fois.

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