Prophètes en leur pays ?

Dans Les Écrivains et la politique en France, la sociologue Gisèle Sapiro offre des clés de compréhension sur les engagements des auteurs depuis l’affaire Dreyfus.

Selon une idée partagée, les écrivains d’aujourd’hui seraient dépolitisés. Sans doute parce qu’il ne se dégage pas de voix majeures parmi eux pour intervenir dans le débat public sur les grandes questions de notre époque, dont l’influence sur l’opinion serait notable. Le temps de Jean-Paul Sartre est révolu. Il faut cependant se garder des idées reçues. Bien que son livre, Les Écrivains et la politique en France, ait pour sous-titre « De l’affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie », Gisèle Sapiro consacre un substantiel épilogue à notre début de siècle, où elle nuance considérablement l’impression générale de dépolitisation. Nous y reviendrons.

Cet ouvrage se situe dans la continuité des travaux de la sociologue depuis La Guerre des écrivains (1940-1953), paru en 1999. Dans la lignée de Pierre Bourdieu, notamment des Règles de l’art, elle offre des grilles de lecture aux engagements des écrivains, où entrent en jeu des facteurs biographiques, stratégiques et contextuels, aussi bien spécifiques que généraux. Si Les Écrivains et la politique en France est issu d’une série d’articles, la plupart publiés dans des revues universitaires, l’ouvrage trouve sa cohérence par sa réflexion théorique, riche et toujours claire, et les outils d’analyse qu’il propose.

Ainsi, encore et toujours, la notion d’autonomisation du champ littéraire vis-à-vis des pouvoirs politiques, économiques et religieux reste primordiale. Intervenue dans le courant du XIXe siècle, grâce à l’avènement d’« un corps de producteurs spécialisés, habilités à porter un jugement esthétique », et d’« instances de consécration spécifiques », elle était la condition sine qua non d’une politisation propre au champ littéraire. Celle-ci s’est manifestée sous la forme de ce que Gisèle Sapiro nomme « le prophétisme », fait de charisme émotionnel mais aussi de désintéressement, dont la figure traverse tout le XXe siècle. Zola en est l’exemple inaugural.

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