Rebiya Kadeer, la voix du peuple ouïghour

La présidente du Congrès mondial ouïghour parcourt le monde pour plaider la cause de cette minorité musulmane en Chine, dénonçant une volonté d’« épuration ethnique » des autorités.

Rebiya Kadeer est si menue qu’elle pourrait se perdre dans la foule si celle-ci ne s’écartait sur son passage, en signe de respect. En ce jour de septembre, le hall de cet hôtel du sud de Paris est occupé par des dizaines de membres de la diaspora ouïghoure, minorité musulmane de l’ouest de la Chine. Et la présence à cette réunion de la plus célèbre d’entre eux ne passe pas inaperçue. Chaleureuse, Rebiya Kadeer a la parole vive et précise. Depuis le temps qu’elle parle à la presse, elle connaît son texte. Cela fait plus de vingt ans qu’elle se bat pour la survie de son peuple, de sa culture. Mais ces temps-ci sa voix tremble. Car là-bas, en Chine, des milliers de Ouïghours sont arrêtés les uns après les autres. Et son peuple, dit-elle, n’a jamais été à ce point en danger.

Rebiya Kadeer est née en 1947 dans un petit village du Xinjiang, littéralement « nouvelle frontière » en mandarin. Une immense région semi-désertique, vaste comme trois fois la France, conquise par la Chine entre le XVIIIe et le XIXe siècles. Le far west de l’empire du Milieu, étape mythique de la route de la soie, est surtout la terre des Ouïghours, peuple musulman dont les relations avec « l’occupant » chinois ont toujours été douloureuses. Par deux fois, dans les années 1930 et 1940, ils ont défié la Chine en proclamant l’indépendance de leur terre, qu’ils nomment Turkestan oriental. D’éphémères émancipations reléguées définitivement au passé en 1949. Car, pour la toute nouvelle République populaire de Chine, il est hors de question de se séparer d’une partie de son territoire. Comme le Tibet, le Xinjiang se voit alors attribuer le statut de province « autonome ». Un titre de papier plus qu’une véritable souveraineté.

C’est donc dans une province chinoise que Rebiya Kadeer grandit. Issue d’un milieu modeste, elle se lance dans le commerce au début des années 1970, s’aventure dans les échanges transfrontaliers. Vingt ans plus tard, elle est la septième fortune de Chine, fêtée par les autorités de Pékin, qui voient dans son succès un modèle de « réussite ethnique » et la nomment représentante de sa province auprès de diverses instances officielles. Une collection de titres, distinctions, mandats politiques qu’elle considère avec un brin de nostalgie mais beaucoup de désillusions aujourd’hui. « L’argent donne du pouvoir, je voulais utiliser ma position pour soutenir mon peuple », explique-t-elle. À l’époque, elle pensait encore pouvoir changer les choses de l’intérieur.

Car la province du Xinjiang n’a d’autonome que le nom, et sa population ouïghoure vit mal l’hégémonie des Han (ethnie principale de Chine) dans l’administration locale et la politique de « sinisation » de la province orchestrée par Pékin. Depuis les années 1950, les autorités chinoises encouragent en effet l’installation de Han au Xinjiang, notamment par l’attribution prioritaire de terres et de logements. Au point que ces derniers, qui représentaient moins de 7 % de la population locale en 1949, en constitueraient aujourd’hui plus de 40 %, voire 50 %. Pour Pékin, la province est stratégique tant par sa position géographique que pour ses importantes réserves de pétrole, de gaz et de charbon. Et les tensions ethniques sont un obstacle à ses plans de développement.

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