Aux origines de la grève en Inde

Pour comprendre l’actuel mouvement massif des travailleurs indiens, il faut revenir aux années qui entourent l’indépendance du pays, en 1947.

Les 8 et 9 janvier, l’Inde a connu un épisode de grève massive. Rassemblant près de 200 millions de travailleuses et de travailleurs, touchant des secteurs aussi divers que les transports, les services bancaires ou l’industrie, le mouvement était appelé par dix syndicats – dont les fédérations liées aux partis communistes et au parti du Congrès. La plateforme commune de revendications vise à remédier à la détérioration des conditions de vie des salarié·e·s du fait du chômage et de l’inflation (contrôle des prix, revalorisation des salaires minimaux, etc.), mais aussi à enrayer les attaques portées par le gouvernement nationaliste hindou sur les législations du travail, le droit de syndicalisation et de négociations collectives.

Comprendre l’origine de cette mobilisation implique de revenir sur un moment clé de l’histoire du mouvement ouvrier indien. C’est dans les années 1940, et tout particulièrement après l’indépendance du pays, en 1947, que fut mis en place, sous la pression de fortes mobilisations, le système régissant les relations entre capital et travail actuellement remis en cause. La décennie est marquée par une intense agitation populaire laissant penser que les intérêts des travailleuses et des travailleurs peuvent peser dans la construction de la jeune nation. À la mobilisation importante en faveur du mouvement Quit India de 1942 succède, après la Seconde Guerre mondiale, la plus forte vague de grèves que l’Inde coloniale ait jamais connue, sous l’égide de deux centrales syndicales tenues par les communistes. À son pic, en 1946, on compte plus de deux millions de grévistes, dans tous les secteurs de l’économie. Le mouvement prend même à certains endroits un caractère insurrectionnel, comme à Bombay, en février 1946, lorsqu’une grève générale est organisée en soutien aux matelots mutinés de la Royal Indian Navy, alors qu’au Telangana une guérilla paysanne s’organise de 1946 à 1951 contre un système encore largement féodal.

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