Dossier : Amérique latine, Afrique, France : Travailleuses domestiques de tous les pays…

Convention 189 : le salaire du labeur

Les représentantes de quinze pays se sont réunies en septembre au Guatemala. Thème de la rencontre : une rémunération décente pour le travail domestique. reportage

Elles n’ont pas manqué de le relever : c’est un homme, employé local, qui balaie la salle du centre La Asunción, où va démarrer la rencontre annuelle des travailleuses domestiques latino-américaines. Près de cent participantes de quinze pays, qui ont laissé la serpillière pour se saisir de la parole, du 27 au 30 septembre dernier à Guatemala Ciudad (1). Depuis 2013, elles ont débattu du droit des populations indigènes, des migrations, de la traite des femmes et des problèmes sanitaires. Cette année, c’est la question du salaire décent, « droit inaliénable ». Les 19 dollars journaliers du Mexique (2) font envie : en République dominicaine ou en Bolivie, c’est de quatre à neuf fois moins. Atelier de construction des revendications : « 150 dollars par mois, ça serait un salaire de rêve », avance une Péruvienne. « De rêve ? Ce qu’on veut, c’est qu’il soit juste et digne ! » coupe sa voisine hondurienne.

La convention n° 189 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur le travail domestique a été ratifiée à ce jour par 26 États, dont 15 en Amérique latine (3). L’ONG Care y a contribué, explique Lilian Estela López, sociologue : « L’une de nos stratégies est de soutenir les organisations locales en lutte pour l’adoption d’outils juridiques internationaux qui font avancer les droits des femmes. »

Ceux-ci sont particulièrement mis à mal dans la région. « En raison d’abord de violences physiques et psychologiques, sexuelles en particulier. Le monde latino est le premier foyer de féminicides au monde. Toute employée domestique a un jour subi une forme de violence. S’ajoutent les discriminations raciales à l’encontre des indigènes et des descendantes d’esclaves noirs. » La chercheuse invite « à une approche idéologique » croisant des facteurs historiques qui ont façonné les sociétés locales : « patriarcat, racisme et clivage de classes ». Le niveau d’éducation détermine le statut des femmes. Il y a celles qui ont accès aux études supérieures, sésame pour des emplois de qualité et l’indépendance économique ; celles qui, scolarisées a minima, obtiennent un salaire, mais insuffisant pour percer le plafond de verre de la pauvreté ; et enfin, de loin les plus nombreuses, celles qui n’ont reçu aucune éducation et se voient privées d’opportunité économique – « et de participation politique », ajoute Lilian Estela López. C’est dans ce groupe, dominé par les indigènes et les afro-descendantes, que sont recrutées la majorité des employées domestiques, entraînées dans une puissante spirale négative : analphabétisme, discrimination, pauvreté, vulnérabilité, précarité, exploitation, mépris et invisibilité.

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