Serge Viallet, archéologue de l’image

Le réalisateur, invité d’honneur du Fipadoc, à Biarritz, est responsable de la collection « Mystères d’archives » sur Arte. Un documentariste de terrain qui aime fouiller l’histoire et la faire parler.

Un village. C’est un peu ça, l’Institut national de l’audiovisuel (INA), à Bry-sur-Marne. Avec son château abritant la direction, son bâtiment de pompiers, son infirmerie, sa cantine et sa vaste « ferme », formidable ruche de centaines d’âmes. Dans un bureau au fatras organisé, gavé de photographies, Serge Viallet s’arc-boute sur le filmage du D-Day, orchestré par deux cinéastes sur place, John Ford et George Stevens.

« Ce sont plus de cent cameramen et autant de photographes, précise le réalisateur, dans les avions, en mer et progressivement à terre. Il s’agit d’une fabuleuse organisation pour rapatrier au plus vite les images à Londres, les développer, les monter, les censurer, les envoyer. Une note officielle indique qu’il est prévu, dès 10 h 30 au matin du 6 juin, de “ramasser” les premières bobines filmées à Omaha. Le but est aussi d’alimenter les opérateurs en bobines de film. En général, ce sont des bobines d’une minute d’images pour leurs petites caméras Eyemo, poursuit le documentariste aux yeux bleus étincelants, au phrasé animé accompagnant une gestuelle presque volubile, des mains qui dialoguent entre elles. J_ohn Ford a eu l’idée de fixer sur des péniches de débarquement des caméras à déclencher. Au total, cinq cents caméras auraient été installées. Nous n’avons retrouvé les images que de quatre d’entre elles. »_ Précision d’orfèvre.

« Le déroulement “média” de cette journée ne paraît pas avoir été étudié, s’enthousiasme Serge Viallet. Nous défrichons un énorme événement masqué, étouffé, submergé par l’événement militaire. » Ces images auscultées du D-Day font partie d’un prochain numéro de la collection « Mystères d’archives », produite par l’INA et diffusée sur Arte. Inaugurée en 2007, elle compte déjà une cinquantaine de titres. « Les images racontent des histoires, nous racontons l’histoire des images. » Sur les résistants du Vercors, Buffalo Bill et l’invention du western, l’enterrement du commandant Massoud, les bagnes de Guyane, ou encore sur Le Dictateur de Chaplin, nourri par les images de son frère Sydney, qui venait tourner régulièrement sur le plateau. Des scènes qui ne seront pas conservées dans le fameux chef-d’œuvre, des séquences du bal, des gags abandonnés. Des images disparues, retrouvées plus tard dans un placard familial et qui éclairent le film sous un autre angle.

À chaque numéro, Serge Viallet décompose l’image, ses plans, cercle, décercle, identifie les personnalités, confronte les séquences, rapporte le contexte, revient en arrière. Quelles réalités les images donnent-elles à voir, qui est derrière la caméra, que montre-t-on et pourquoi ? Chaque image amène son enquête pour ce Maigret de la bobine.

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