SNCF : réforme adoptée, syndicalistes malmenés

De nombreux cheminots constatent une intensification des pressions contre des militants depuis 2015, et notamment depuis l’échec de la grève du printemps 2018.

Le 27 juillet 2018, gare de l’Est à Paris, il est 19 h 35 quand une altercation éclate entre une cadre d’astreinte de la SNCF et un groupe de cheminots. Ces derniers reviennent d’une manifestation de soutien pour un de leurs collègues menacé de licenciement, quand ils ratent leur train pour rentrer à Nancy. L’espace de vente est fermé, bien qu’il soit censé être ouvert jusqu’à 20 h 30. Ils se plaignent et le ton monte. Parmi eux, Jean-Michel Dieudonné, cheminot depuis vingt-huit ans et syndicaliste actif à la CGT-Cheminots. Plus tard, il sera accusé d’avoir eu un « comportement anormal émaillé de cris » envers la cadre. Lui reconnaît que l’échange a été « tonique » mais, résume-t-il, ça n’a été qu’une « altercation verbale un peu emportée et pacifique ». Alors qu’il est hors de son temps de travail et que, selon le quinquagénaire, le dossier de discipline ne cite aucune des insultes qu’il aurait prononcées, il subit une « sanction disciplinaire de radiation des cadres ». Autrement dit, il est licencié sans indemnités. Le 21 décembre, Guillaume Pepy, président de la SNCF, a validé définitivement ce licenciement. Le cheminot n’a plus de recours en interne possible aujourd’hui. Il estime dès lors la sanction disproportionnée et imméritée.

« Syndicaliste depuis presque trente ans avec une responsabilité locale mais aussi nationale », Jean-Michel Dieudonné dénonce un règlement de comptes. Son cas n’est pas isolé. Un cheminot et militant CGT du Gard a été menacé de licenciement après avoir allumé une torche à la gare de Nîmes le 14 mai 2018, un jour de grève. À Lyon, une cadre et militante de SUD-Rail a été menacée de licenciement au motif d’un « comportement inapproprié avec sa supérieure qui impacte le travail du collectif ». Grâce à un mouvement de soutien de ses collègues, elle a finalement écopé de douze jours de mise à pied et d’une mutation disciplinaire. Dans les Hauts-de-France, plusieurs cheminots ont été visés par des procédures de sanction en août 2018 pour avoir participé aux grèves contre la réforme de la SNCF entre le 3 avril et le 28 juin (1). Éric Bezou, syndicaliste à SUD-Rail, a subi dix jours de mise à pied et la menace d’un dernier avertissement après avoir publié des tweets en 2017 qui, dit-il, « critiquaient la réorganisation de l’entreprise ». Laurent Aubeleau, représentant régional de la CGT-Cheminots à Lyon, dénonce une « répression syndicale sans précédent » qui touche « un certain nombre de collègues engagés dans le mouvement social et le mouvement syndical ».

Pour l’instant, les syndicats ne sont pas encore en mesure de chiffrer l’ampleur précise de cette répression. Néanmoins, Éric Santinelli, membre du bureau fédéral de SUD-Rail, estime qu’« un conseil de discipline par mois » est organisé à l’échelle nationale et que « les rassemblements se multiplient » pour défendre des cheminots militants risquant des sanctions. Laurent Courtois, syndicaliste à SUD-Rail, constate désormais la présence d’« huissiers de justice à chaque manifestation afin de constater qui est gréviste ou non ». Selon lui, la répression touche en priorité les « leaders locaux ayant une capacité à rassembler ». Objectif ? « Faire taire la résistance et casser le contre-pouvoir syndical avant l’ouverture à la concurrence. »

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