Éducation : Oser l’esprit critique

Comment pousser les jeunes au doute ? interrogent les Cahiers pédagogiques. Question cruciale à l’heure des réseaux sociaux, de la post-vérité et des nouveaux programmes scolaires.

Esprit critique, garde à vous ! Les enfants disposent de plusieurs cartes. Ils peuvent lever celle « Je suis d’accord parce que » ou celle « Je ne suis pas d’accord parce que ». Ou aucune. Ou les deux. « Le plus important, c’est le “parce que” », explique Johanna Hawken. Formatrice en philosophie pour enfants et responsable de la Maison de la philo de Romainville (Seine-Saint-Denis), elle a mis en place ce jeu-outil pour les 5-10 ans afin de leur « transmettre l’habitude de prendre le temps d’examiner une idée, un fait, un objet… De réfléchir à ce qu’ils en pensent et d’oser le dire. C’est une attitude qui doit commencer dès la maternelle ». Devant un film, un poème, une expérience scientifique ou un événement historique, on les pousse à s’interroger : qu’est-ce que la connaissance ? le jugement ? un fait ? une vérité ? Peut-on émettre des doutes sur tout ? À l’heure des réseaux sociaux, des fake news, des théories complotistes, à quelles sources s’informer ? Comment vérifier une information ? Qui reconnaître comme autorité ? Est-ce que l’esprit critique s’apprend et se transmet ?

Réforme Blanquer

« Esprit critique, es-tu là ? » lançaient les Cahiers pédagogiques dans les années 1980 pour interroger les pratiques à l’école. « Nous avons eu envie de refaire le point trente ans plus tard », explique Jean-Michel Zakhartchouk, coordinateur du dossier paru dans le numéro de janvier de la revue (1). « L’esprit critique est une notion un peu fourre-tout, poursuit l’ancien professeur de lettres. Comment s’exerce-t-il à l’école et dans les différentes matières ? Il faut toujours lutter contre le dogmatisme et la vérité qui “vient d’en haut”. En outre, les élèves sont de plus en plus confrontés au doute, au relativisme et aux théories du complot. » Et de citer, en tête, le créationnisme et le climatoscepticisme. À ce propos, il évoque la lettre au ministre de l’Éducation (2) envoyée le 15 décembre par la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte et le biologiste Gilles Bœuf, pointant l’absence des sciences du climat dans les nouveaux programmes du lycée. « Le climat est enseigné au collège comme il y a 35 ans, comme si le climat ne changeait pas », alertent-ils.

Des jeunes et des étudiants leur ont emboîté le pas cinq jours plus tard en publiant une tribune fustigeant directement la réforme Blanquer et les nouveaux programmes de lycée : « Nous, jeunes, étudiants et étudiantes, avons ressenti à de multiples reprises l’absurdité de notre ignorance face à la gravité des enjeux. Nous […] demandons que les mécanismes et les conséquences des changements climatiques, ainsi que les solutions possibles pour les atténuer ou s’y adapter, soient plus largement intégrés au sein des programmes de seconde et de première concernés par cette réforme, et à une plus large échelle au sein du système éducatif français (3). »

Le 25 janvier, un collectif d’« enseignant·e·s pour la planète » grimpait encore d’un cran :

Nous avons accepté trop longtemps d’enseigner le “développement durable”, entretenant chez les élèves l’illusion que la situation était sous contrôle, prise au sérieux par les gouvernements du monde. […] Nous ne voulons plus être les instruments d’une propagande rassurante, qui rend invisible la catastrophe ­écologique.

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