« Le Silence des autres » : Les chemins de la justice

Le Silence des autres, d’Almudena Carracedo et de Robert Bahar, raconte le combat de victimes du franquisme pour faire reconnaître les crimes commis.

Dans les rues de Madrid, quand on interroge la jeunesse espagnole sur le passé franquiste du pays, les réponses sont vagues. Rien n’a été fait pour enseigner cette histoire récente. Le cinéma peut s’y employer, et c’est une des raisons d’être du Silence des autres, d’Almudena Carracedo et Robert Bahar. Outre le rappel du coup d’État militaire de 1936 déclencheur de la guerre civile, des images d’archives montrent, comme un aperçu des horreurs, Franco serrer chaleureusement la main d’Hitler, des soldats exécuter une rangée de prisonniers, la féroce répression d’une manifestation dans les années 1960 ou 1970, et un homme au bord des larmes annoncer à la télévision la mort du caudillo, en 1975.

Quarante ans d’une dictature sanguinaire, dont le point d’orgue, posthume, fut une loi d’amnistie générale promulguée en 1977, libérant les prisonniers politiques mais exonérant aussi de tous leurs crimes les bourreaux et les donneurs d’ordres du régime. Résultat : une lourde chape de plomb, face à laquelle le bouquet de fleurs que vient déposer au bord d’une route une très vieille dame, Maria Martin, pour entretenir le souvenir est à la fois ténu et essentiel. C’est là, enfoui sous la terre et le bitume, que se trouve le charnier où le cadavre de sa mère, avec beaucoup d’autres, a été jeté par les franquistes. Ils l’avaient d’abord humiliée en lui rasant les cheveux, avant de la tuer.

Maria Martin fait partie des victimes ou parents de victimes qui ont décidé malgré tout de se constituer parties civiles et d’attaquer en justice les auteurs des exactions commises : tortures, viols, assassinats et même vols d’enfants. Ils doivent faire face à la législation d’amnistie qui exclut ce type de procès. Aidés par des avocats spécialistes des droits de l’homme, avec lesquels ils forment un groupe uni par la même cause mais quelque peu isolé dans cette Espagne amnésique, ils ont réussi à obtenir le déclenchement d’une procédure, via l’étranger et la notion de crime contre l’humanité, par une juge argentine, Maria Servini.

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