« Regarde ailleurs» : la « jungle » de Calais face aux discours

Le réalisateur Arthur Levivier donne à entendre des paroles, celles des habitants de Calais, celles des militants, des associatifs, mais surtout celles des réfugiés de la « jungle ».

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Fin 2016, le réalisateur Arthur Levivier se rend à Calais pour assister à l’expulsion de la « jungle ». Incompréhension et colère le saisissent alors, et il souhaite comprendre ce qui se joue sur cette lande. Le spectateur suit ses interrogations, qui très vite s’effacent pour laisser place au récit. Le réalisateur suit l’après-démantèlement, et donne à entendre des paroles, celles des habitants de Calais, celles des militants, des associatifs, mais surtout celles des réfugiés.

Regarde Ailleurs laisse parler ces réfugiés qui témoignent de la vie quotidienne dans la « jungle », de leurs rêves, de la quête de camions en direction de l’Angleterre. Parfois ils racontent aussi leur traversée jusqu’en Europe, à l’aide de quelques photos et vidéos prises sur leurs téléphones portables.

Face à ces parcours de vie, ces récits de violence et de misère, la parole politique et médiatique est mise en scène. Sur les lieux symboliques de cette « jungle », comme la rocade, Arthur Levivier filme une petite télévision qui diffuse les nombreux discours des moments clefs de la politique migratoire menée à Calais. Ceux de Nicolas Sarkozy, de François Hollande, de Manuel Valls ou d’Emmanuel Macron. Ces discours se mêlent à ce qu’ont pu dire certains journalistes, sous la lumière des plateaux de télévision. Le fossé entre ces discours et la réalité perçue par le réalisateur est immense. « Je voulais montrer le décalage entre les discours politiques, les commentaires médiatiques et l’immobilisme sur place, doublée d’une répression violente », explique le réalisateur.

La réalité de la jungle est celle de la répression policière contre ces étrangers qui rêvent d’outre-Manche. Confiscation des effets personnels, réveil au gaz lacrymogène au petit matin, etc. Des « scènes » qui ont pu être filmées grâce à des caméras cachées dans les arbres. Cette réalité, c’est aussi celle de la politique menée par la mairie de Calais, illustrée par les propos de cet employé du conservatoire du littoral : « Là, on renature les lieux, avec l’idée, même si on ne le dit pas trop, de rendre les lieux moins favorables à un éventuel retour des migrants, en créant des zones humides, un relief compliqué… »

« Ce qui est en train de se passer à Calais, c’est un beau visage de la France », affirmait Manuel Valls au troisième jour du démantèlement de la jungle en Octobre 2016. Le documentaire laisse la possibilité de juger de cette assertion.


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