« L’espoir de l’Algérie »

Fer de lance de manifestations qui ne faiblissent pas, les étudiants s’organisent et découvrent le débat politique. En ligne de mire, la fin du système incarné par Bouteflika.

Ce matin-là, ils sont une trentaine à s’activer. Lahcen, Rania, Meriem, Malik, Kamel… Tous s’y mettent. C’est l’heure de l’atelier banderoles à l’École nationale polytechnique (ENP) d’Alger, dans la banlieue est de la ville. Ces étudiants ont investi une salle du premier étage de la prestigieuse école d’ingénieurs. Depuis plus d’une semaine, ils refusent les « vacances forcées », comme ils les appellent. Car, dans l’espoir de calmer la révolte et de vider les campus, le gouvernement a avancé de deux semaines le début des congés de printemps. Une fois les portes des cités universitaires fermées, beaucoup d’étudiants ont été obligés de rentrer dans leur famille.

La manœuvre du pouvoir est grossière. Mais, à l’ENP, beaucoup d’étudiants sont algérois. C’est le cas de Kamel, en troisième année, qui fait trois heures de transport tous les jours pour venir assister aux divers ateliers : slogans, vulgarisation de termes politiques, débat. Lui et quatorze de ses camarades – un ou une par filière – sont « porte-parole ». Et il préfère ce terme à celui de « représentant » car, dit-il, « chacun se représente soi-même ». Ils ont été élus via des votes sur des groupes privés Facebook. Une pratique virtuelle mise en place pour presque toutes les questions internes, de l’heure des débats au contenu des communiqués.

Kamel manifeste à Alger depuis la première grande mobilisation du 22 février. Dès le début du mouvement, il a publié sur son compte Facebook une vidéo qui, en moins d’une minute, dénonçait la « mafia politique financière qui nous gouverne depuis 1962 » et appelait les étudiants à descendre massivement dans la rue. Il s’était filmé dans sa chambre, évitant de parler trop fort – sa mère était juste à côté et n’approuvait pas trop. Elle a fini par tomber sur la vidéo, visionnée plus de 1 500 fois. Depuis, elle a moins peur pour lui et elle soutient le mouvement.

Ce 18 mars, le jeune homme est fier de nous montrer les banderoles prêtes pour le lendemain, mardi, jour des manifestations étudiantes. « Nous sommes les étudiants algériens, nous sommes l’espoir de l’Algérie dans les sombres nuits », « Le cadre (1) est tombé mais le mur demeure », « Ingénieur construit, système détruit », « La jeunesse se mobilise pour l’indépendance ». Leur objectif commun, c’est d’être plus « visibles et structurés ». « On veut apporter une crédibilité en tant qu’étudiants, le vendredi on se fond dans la masse populaire et c’est très bien, mais les mardis, on veut être plus identifiés », explique Kamel.

Du coup, dans la manif du lendemain, les étudiants sont regroupés par école, derrière des banderoles bien identifiées. Droit, médecine, lettres, architecture… Le principe de pacifisme, qui vaut pour chaque marche, a été rappelé dès le matin. Comme chaque mardi depuis un mois, ces étudiants, qui n’ont jamais connu d’autre président que Bouteflika, occuperont le centre-ville d’Alger, de la Grande Poste au tunnel des Facultés, jusqu’en milieu d’après-midi, applaudis par les passants.

« Éveiller les consciences »

Couplées aux mobilisations du vendredi, ces marches du mardi sont très importantes pour les étudiants, mais elles ne sont pas l’unique ressort de leur engagement. Tous soulignent leur soif de comprendre les enjeux et de débattre. « On sait ce qu’on ne veut pas, mais pour l’instant il est prématuré de proposer des solutions », résume Rania. Alors l’heure est à la discussion. Juste à côté de Polytechnique, l’école d’architecture est à la pointe : l’histoire du pays depuis l’indépendance, l’impact politique de ­l’architecture et la Constitution sont quelques-uns des sujets débattus. Juristes, architectes, historiens et professeurs sont invités à venir discuter avec les étudiants. Pour Amina, en deuxième année, qui fait partie des organisateurs, c’est un « moyen d’éveiller les consciences ».

Il reste 59% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Le bal des petits pompiers

Sur le vif accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents