Un don d’enfant

Avec La Plus Précieuse des Marchandises, Jean-Claude Grumberg signe un conte tragique et magnifique se déroulant au temps de la Shoah.

Comme toute son œuvre, la trentaine de pièces de théâtre que Jean-Claude Grumberg a écrites ont cette double particularité d’avoir en leur cœur la destruction des Juifs d’Europe et d’être imprégnées d’humour. Ce qui valut à l’auteur de L’Atelier (1979) d’être désigné comme « l’auteur tragique le plus drôle de sa génération » par l’écrivain Claude Roy. À la lecture de son nouveau livre, il faut ajouter qu’il est aussi l’un des plus ­audacieux. Avec La Plus Précieuse des Marchandises, Jean-Claude Grumberg n’a jamais approché d’aussi près le point aveugle de la Shoah ; or il le fait à travers un conte qui a toutes les caractéristiques du genre. Il commence par « Il était une fois » et met en scène « pauvre bûcheron » et « pauvre bûcheronne » vivant sur une terre boisée et déshéritée, quelque part dans un pays à l’Est occupé par les armées du Troisième Reich.

Dans ce lieu, le seul événement notable est le passage quotidien d’un train à la destination inconnue. Parfois, une main lance à travers la lucarne dont sont dotés les wagons à bestiaux un morceau de papier rempli d’une écriture que « pauvre bûcheronne », affamée, à l’affût du don d’une « marchandise », est incapable de comprendre. Mais, un jour, c’est un bébé qui lui est lancé, à elle qui n’a pu enfanter. Hershele, le déporté qui a fait ce geste, est père de très jeunes jumeaux, un fils et une fille, mais son épouse n’a plus suffisamment de lait pour deux enfants. Il espère ainsi sauver l’un et l’autre.

Il faut avoir acquis une grande liberté pour mettre en scène une telle situation à travers un conte. Une éthique du regard aussi (une notion peu usitée en littérature mais non dénuée de sens ici, d’autant que ce texte est très visuel), ce dont, par exemple, manquait Roberto Benigni quand il crut pouvoir faire une comédie dans les camps (1). Car outre l’histoire, non sans ­dramatiques péripéties, de l’adoption de l’enfant par « pauvre bûcheronne », Jean-Claude Grumberg retrace le parcours d’Hershele et de sa famille à partir de la rue de Chabrol à Paris, où ils vivaient, jusqu’à Auschwitz via Drancy.

Il reste 50% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents