La gauche, Taubira et « L'Huma »

En pleine campagne pour les élections européennes, Raphaël Glucksmann a reçu, à Rouen, le soutien de l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira.

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Deux salles, deux ambiances. Le hasard a voulu que se croisent, ce mercredi 15 mai, à la Halle aux toiles de Rouen, les candidats de la liste Place publique, PS, Nouvelle Donne et Radicaux de gauche et les lecteurs de L'Humanité, qui donnaient une soirée de soutien au quotidien, en difficulté financière. Là où les uns se félicitaient de l'appui de l'ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira à la campagne Envie d'Europe, les autres tenaient conférence, rappelant, s'il est besoin, l'importance de la survie du quotidien de gauche.

Après un bref passage des trois « stars » de la soirée – Raphaël Glucksmann, Christiane Taubira, Olivier Faure – sur les stands estampillés « faucille et marteau », les socialistes et apparentés sont bien vite remontés à l'étage de la Halle, ou un peu plus d'un demi-millier de militants les attendaient.

Après une brève présentation des cadres socialistes venus pour l'occasion – et un notable oubli, par Saïd Benmouffok, l'animateur, d'annoncer Raphaël Glucksmann, pourtant tête de liste pour les élections du 26 mai –, les orateurs se sont succédé à la tribune, devant une salle à l'enthousiasme un brin poussif.

Une femme de gauche

À nouveau, les candidats de la liste Envie d'Europe ont défendu leur programme pour une Europe « écologique, féministe, sociale et de gauche », résume Nicolas Rouly, secrétaire fédéral du cru. Et tous de déplorer l'impossible rassemblement à gauche, qui avance morcelée pour les élections (cinq listes d'importance, une myriade d'autres) : « Vous n'avez pas entendu l'appel de Raphaël Glucksmann et vous avez eu tort », a attaqué le président du PRG, Guillaume Lacroix. « Le rassemblement de la gauche tout le monde en parle mais personne ne le fait », a renchéri Olivier Faure, premier secrétaire du PS, monté à la tribune pour introduire Christiane Taubira.

Sous les battements des batteries du concert qui se jouait en bas, pour L'Huma, l'ancienne garde des Sceaux, vivement applaudie, a déclamé un texte de Gabriel García Márquez, avant d'estimer : « La gueule de bois, c'est fini. La convalescence est finie, nous avons retrouvé nos capacités. » « Raphaël, toi qui as accepté de prendre le gouvernail dans un moment difficile, bienvenue dans la vie politique », a-t-elle lancé à l'adresse de la tête de liste. La vie politique qui, selon elle, se caractérise par : « Le sentiment, profond, intime de servir, d'être à l'écoute… »

En bas, à la soirée de soutien à L'Humanité, l'ancienne Garde des sceaux fait l'unanimité. « J'estime beaucoup Christiane Taubira, explique Sylvie Charvieux, militante PCF, elle exprime ses points de vue de gauche avec beaucoup de force. » Raphaël Glucksmann en revanche… « C'est quelqu'un que je ne juge pas sincère », indique-t-elle.

Le retour des éléphants

Intimidé de parler après Christiane Taubira, la tête de liste PP, PS, Nouvelle donne et PRG, veut voir dans ce soutien que « la gauche est tout sauf morte ».

Une gauche des « grands bourgeois que furent jadis les socialistes et qui gèrent un capital électoral », qu'il faut toutefois changer… a conclu Raphaël Glucksmann. Difficile de ne pas voir une critique à cette lettre, écrite par 23 anciens ministres socialistes – en majorité des éléphants – à Olivier Faure, lui enjoignant de convaincre Raphaël Glucksmann de retirer ses propos accusant François Mitterrand d'avoir été « complice » du génocide rwandais. Pas de quoi lui faire perdre son sourire, ni ses soutiens.

À chaque jour, son lot de meetings et de cadres socialistes affichant leur adhésion à sa liste. C'est de Bernard Cazeneuve – pourtant signataire de la lettre des ministres – que Raphaël Glucksmann recevra le soutien ce jeudi à Lyon, d'Anne Hidalgo et Najat Vallaud-Belkacem, dimanche à Paris. Peu de monde, en revanche, pour soutenir les lecteurs communistes de Rouen. Maigre victoire : « Quelques-uns sont venus acheter L'Humanité », se félicite une lectrice du quotidien. C'est déjà ça…


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