Le travail polarisé : inutile ou invisible

On oppose reconnaissance sociale et sentiment d’utilité, générant frustration et souffrance.

Partout dans le monde les emplois industriels diminuent ; partout le marché du travail se polarise entre, d’un côté, des emplois de services intellectuels très qualifiés et bien rémunérés et, de l’autre, des boulots précaires et mal payés dans les services aux personnes ou les microtâches informationnelles. Cette polarisation des emplois s’explique à la fois par les innovations technico-organisationnelles et par la concentration des revenus.

Cette tendance est maintenant établie par de nombreuses études, mais les économistes se sont moins intéressés à un autre aspect, tout aussi important, de la polarisation : son impact sur le sens du travail et la santé des travailleurs. Emplois prestigieux mais inutiles ou nuisibles en haut de l’échelle – les bullshit jobs (1) –, emplois utiles mais méprisés en bas : la polarisation sociale oppose aussi la reconnaissance sociale au sentiment d’utilité, générant ainsi frustration et souffrance à tous les niveaux de la hiérarchie.

Selon David Graeber, un bullshit job est un emploi inutile, superflu ou néfaste aux yeux mêmes de celui ou de celle qui l’exerce. En France, si on s’appuie sur la plus récente enquête sur les conditions de travail, on peut estimer qu’environ 17 % des salariés ont un bullshit job : ils considèrent que leur travail n’est que rarement utile et qu’il est ennuyeux ou néfaste (2). Les cadres de l’informatique, de la finance et de la comptabilité sont nombreux dans ce cas, comme l’indique Graeber. Il faut y ajouter d’autres emplois qu’il ne cite pas, moins « chics », comme ceux de caissière, de secrétaire ou d’agent de sécurité. Leur sentiment d’ennui et d’inutilité pèse sur leur santé mentale, qui apparaît très dégradée.

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