Le cirque Romanès craint pour sa survie

Après plus de vingt-cinq ans à faire rêver petits et grands, le cirque tzigane vient de vivre la pire saison de son existence.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Installé square Parody, près de la Porte Maillot, à Paris, coincé entre le périphérique et le très chic XVIe arrondissement de la capitale, le petit cirque tzigane vient de vivre sa pire année depuis longtemps. Il y avait déjà les riverains qui n’ont jamais accepté leur présence, allant jusqu’à leur couper les fils de l’électricité et d’Internet, brûler leurs archives ou caillasser les caravanes. « Ça fait plusieurs années que nous demandons un autre emplacement, plus près de notre public parisien », explique Délia Romanès, mais la mairie de Paris a pris du retard et les élections municipales qui approchent risquent de compliquer encore le traitement du dossier.

Il y a eu aussi l’impact économique du mouvement des gilets jaunes. Chaque samedi depuis le mois de novembre, les heurts entre manifestants et police aux abords des Champs-Élysées ou sur l’avenue de la Grande-Armée ont dissuadé le public de s’aventurer dans le secteur. « Nous avons eu une grosse baisse de fréquentation cette année », affirme Délia.

Aujourd’hui, ce sont les mairies qui leur refusent de planter le chapiteau pour la saison d’été. « Des villes comme Lille, Strasbourg, Bordeaux n’ont pas répondu à nos demandes. Même des villes où nous sommes déjà allés plusieurs fois, ou qui accueillent des grands cirques avec des animaux. […] Des gens nous réclament à l’extérieur de Paris. La seule chose que nous demandons, c’est de pouvoir aller à leur rencontre. Comment éduquer les gens au respect de la culture tzigane si nous ne pouvons même pas leur présenter notre spectacle ? » s’inquiète Délia.

Après plus de vingt-cinq ans à faire rêver petits et grands, le cirque craint désormais pour sa survie. « Alexandre a reçu la Légion d’honneur, moi j’ai été faite Chevalier des arts et des lettres l’année dernière, nous avons représenté la France à l’Exposition universelle de Pékin en 2008, indique Délia. Nous portons notre culture dans la joie et la fraternité, mais qui le fera encore si nous disparaissons ? » Délia et Alexandre Romanès voient aussi dans ce nouveau contexte l’effet d’un retour du racisme et de l’antisémitisme.

En attendant un nouvel emplacement plus propice pour la saison prochaine, et pour passer les mois d’été où le public se fait plus rare, le cirque Romanès organise un grand spectacle de soutien, le samedi 29 juin à 16 heures. Allons-y nombreux profiter de l’enchantement d’un spectacle, nous enivrer de musique et de danse, nous régaler des grillades et du fameux choux farci de la famille Romanès, qui entend bien préserver coûte que coûte son mode de vie et le faire partager au plus grand nombre.

Spectacle de soutien samedi 29 juin à 16 h, Cirque Romanès, square Parody, boulevard de l’Amiral-Buix (75016), métro Porte Maillot/Porte Dauphine.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents