Robert Guttmann : « Le néolibéralisme à l’américaine est en voie d’extinction »

Les guerres commerciales déclenchées tous azimuts par Donald Trump accélèrent les grandes crises de l’économie mondiale, selon l’économiste Robert Guttmann.

En enchaînant les conflits et les coups de menton, dans une fuite en avant perpétuelle, Donald Trump bouleverse encore davantage une économie mondiale dépassée et ébranlée par la crise climatique, estime l’économiste états-unien Robert Guttmann. Il faudra un siècle, assure-t-il, pour mesurer les conséquences de son passage à la Maison Blanche.

Jusqu’où les guerres commerciales peuvent-elles aller selon vous ? Faut-il craindre une escalade ou ne voir dans ces oppositions que des postures ?

Robert Guttmann : La réponse que feront les nations sera évidemment déterminante, mais la réélection ou non de Donald Trump en 2020 le sera plus encore. Les droits de douane sont le plus petit dénominateur commun de toutes ses obsessions, sans que ce soit forcément corrélé aux intérêts commerciaux des États-uniens. Il se moque de toutes les autres composantes des problèmes du pays et n’écoute aucun conseil qui irait contre son intuition. Il limoge systématiquement ceux de son entourage qui s’opposent à lui. En trois ans, il a changé deux fois plus de conseillers que Barack Obama en huit ans. C’est un dictateur du XXIe siècle. Il sait que son seul avantage est son imprévisibilité et terrorise tout le monde en s’enfonçant dans une fuite en avant.

Ainsi, Donald Trump est obsédé par le déficit commercial des États-Unis, alors que la situation est en réalité assez normale : les dollars doivent sortir des frontières pour jouer leur rôle de monnaie internationale, et les règles de comptabilité obsolètes faussent l’analyse de la balance commerciale. Par exemple, les portables Apple achetés aux États-Unis sont comptabilisés comme des produits 100 % chinois, alors que la Chine ne réalise que l’assemblage, ce qui représente 10 à 15 % de la valeur du produit.

Le Président pense que le déficit est dû à de mauvais accords signés par ses prédécesseurs, et il s’estime le seul capable de renégocier tous les traités commerciaux, parce qu’il serait le meilleur négociateur du monde. C’est en réalité l’inverse. Sa stratégie de négociation est aveugle : il est incapable de compromis et de diplomatie. Il utilise ses mafias, pose un ultimatum et, en cas de blocage, rompt les discussions. Car, derrière sa force de façade, c’est un enfant en crise d’angoisse perpétuelle. Il est atteint d’une vraie maladie mentale. Cela pourrait influer sur le déroulement des événements, à des moments cruciaux des conflits.

Son objectif est donc de détruire la gestion multilatérale du commerce. Il va réussir, et ce sera grave. Au regard des cycles économiques sur le temps long, ne plus avoir une structure telle que l’Organisation mondiale du commerce serait explosif. Il faudrait recréer une structure multilatérale – ce qui, au demeurant, serait une bonne chose parce que l’OMC a connu de graves dysfonctionnements. Outre l’OMC, ce sont toutes les institutions de Bretton Woods, édifiées après la Seconde Guerre mondiale, qui ne sont plus adaptées à la réalité du XXIe siècle. Le comportement de Donald Trump peut servir de détonateur pour, peut-être, reconstruire un nouveau contexte de gouvernance globale…

Le conflit avec la Chine peut-il se durcir ?

La montée de la Chine est un enjeu énorme pour l’économie mondiale. Elle a rompu avec ses velléités de démocratisation un moment effleurées et s’impose comme un modèle alternatif au capitalisme néolibéral américain en pleine dislocation. L’enjeu de cette guerre commerciale est donc de négocier un accord de coexistence entre la Chine et le reste du monde. Mais la tension internationale renforce la légitimité du pouvoir chinois en interne.

Donald Trump, lui, veut faire la démonstration auprès de sa base qu’il est capable de dominer les communistes, en Chine, pour dominer la gauche américaine, qu’il accuse de communisme.

Comment analyser le bras de fer avec le Mexique ?

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