Dossier : Demain on mange quoi ? Les nouveaux plats de résistance

À Bobigny, des cœurs-de-bœuf au cœur des tours

Les habitants de la cité du Chemin Vert cultivent un jardin partagé soutenu par la ville. Pour leur consommation mais surtout pour le plaisir. Reportage.

Le soleil du mois de juillet tape fort au milieu des immenses tours de la cité du Chemin Vert, à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Derrière le centre commercial et un dédale de béton, coincé entre le jardin d’enfants coloré et les grilles du parking souterrain, un lopin de terre est cultivé par une quinzaine de résidents. Des parcelles, délimitées par des planches bien assemblées, sont disséminées sur quelques dizaines de mètres carrés, le tout entouré de grillage vert et de quelques décorations en bois peint.

Nelly, 60 ans, habitante du Chemin Vert, se penche pour raccommoder délicatement l’accroche qui maintient un pied de tomate émergeant d’une botte de paille. « Je viens tous les jours depuis l’année dernière ! » lance-t-elle. Elle retrouve Ghislaine, venue de la cité ­Salvador-Allende, à quelques rues d’ici, et d’autres habitants des quartiers alentour. Tat Minh, 71 ans, habite l’une des tours qui surplombent le jardin. « Je faisais déjà du jardinage chez moi, alors, quand la ville a créé ça l’année dernière, je suis venu. J’ai planté les potirons et les tomates cœur-de-bœuf », raconte-t-il fièrement. Hypermotivé, il s’est déjà saisi de la brouette et fonce de l’autre côté de la cité pour rapporter de la terre. Objectif : butter les pommes de terre. Pas encore pour en faire une fricassée mais bien pour les faire prospérer. « Faites remonter la terre le long de la tige pour que de nouvelles racines poussent », lance Christophe, l’animateur.

Si tout le matériel est mis à disposition par la Semeco – entreprise d’économie mixte qui gère les dalles, espaces verts et parkings du centre-ville de Bobigny –, l’animateur est envoyé par la Sauge – « Société d’agriculture urbaine généreuse et engagée » –, l’association qui accompagne plusieurs jardins dans la commune. « On vient en soutien, on apporte notre savoir-faire et nos solutions pour permettre aux habitants de développer leur jardin partagé », explique Aurore, spécialiste de l’agriculture urbaine, permanente à l’association. La Sauge a été fondée il y a quatre ans par Antoine Devins, ingénieur agronome spécialisé dans l’agriculture urbaine, et Swen Déral, ancien directeur financier de La Ruche qui dit oui ! L’ambition : faire revenir de l’agricole dans l’urbain.

« J’ai été choqué de voir à quel point les gens, en ville, consomment n’importe quoi », explique Antoine, attablé à l’ombre sur la friche industrielle de plus de 3 000 mètres carrés que l’association occupe à Bobigny. Ici, la Sauge a créé une ferme urbaine et fait pousser toutes sortes de légumes et autres plantes, vend des semis, teste des techniques comme des systèmes d’hydroponie (agriculture hors-sol) ou encore les fameuses bottes de paille dans lesquelles poussent des tomates au Chemin Vert. « On y met de la drêche (1) de bière qu’on récupère localement chez un brasseur de Pantin, explique Aurore. Avec l’eau de l’arrosage, ça se dissémine dans la botte de paille : c’est très efficace pour les plantations. »

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