Les maltraitées de la sous-traitance

En grève depuis le 17 juillet, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles ont manifesté le 11 septembre à Paris pour des conditions de travail décentes et la fin des cadences intenables.

Entre des coups de sifflet et des roulements de percussions, elles expliquent : d’abord les lits. Si c’est un départ, retirer les draps sales et en mettre des propres. Sinon, tirer les draps et refaire le lit. Le ménage d’une chambre d’hôtel suit un ordre précis. Ensuite faire la poussière et la salle de bains. « Certains laissent la cuvette des toilettes sale, on peut même trouver du caca par terre… » s’offusque l’une des femmes de chambre grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles, dans le nord-ouest de Paris, qui manifestent ce 11 septembre au métro Invalides, sous les fenêtres de Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Certaines sont assises sur un banc. D’autres tiennent des banderoles : le mot-dièse #JeBoycotteAccor vient d’être lancé.

Accor : un groupe français qui possède des hôtels de luxe, des établissements milieu de gamme et des hôtels économiques (dont Sofitel, Pullman, Novotel, Mercure et Ibis), sous-traite le nettoyage de ses chambres au groupe STN Tefid. Ce leader français du nettoyage affiche 69 millions d’euros de chiffre d’affaires et 3 686 collaborateurs, dont ces femmes de chambre, « mains invisibles » du métier de l’hôtellerie, essentielles et maltraitées.

« La sous-traitance, c’est fini ! La maltraitance, c’est fini ! » chantent les manifestantes. Beaucoup portent un gilet jaune avec dans le dos un carré rouge CGT-HPE (hôtels de prestige et économiques), « le seul syndicat de la propreté qui défend les salariées », glisse une gréviste. Certaines dansent, délaissant pour un temps le mégaphone. Un passant se plaint du tintamarre. Il se fait huer et raccompagner vers l’entrée du métro, en face d’un camion de crêpes et sandwichs.

Autour d’un banc, les explications sur le protocole de nettoyage se poursuivent : « Il faut ensuite vider les poubelles, changer les savons, remettre du papier-toilette, changer les verres : si ce sont des gobelets en plastique, ça va vite. Si c’est dans un hôtel de luxe, il peut y avoir jusqu’à huit verres en comptant les mugs et la machine Nespresso. » L’opération peut alors prendre jusqu’à quinze minutes. Les clients qui ont pris un café plombent la moyenne : les femmes de chambre employées par STN (mais tous les sous-traitants se valent en France, d’après elles) sont payées à la chambre. Elles ont un temps limité pour en nettoyer un nombre fixé à leur arrivée le matin. Si le travail n’est pas terminé à la fin de leur journée, elles débordent. Mais pas d’heures sup pour autant. Elles ne savent donc jamais vraiment à quelle heure elles finissent, ni si elles pourront aller chercher leurs enfants le soir. « On se débrouille, on demande à une voisine. Au père pour celles qui ont un mari. Aux grands frères et grandes sœurs le plus souvent. »

Les contrats des employées de STN pour l’Ibis Batignolles s’échelonnent entre quatre et sept heures par jour. Les cadences sont intenables : 12 ou 13 chambres pour quatre heures, de 28 à 30 pour sept heures. Ce qui fait qu’elles n’ont guère plus de quinze minutes à consacrer à une chambre quand il en faudrait vingt-cinq pour faire bien, et sans se blesser. Même en allant à toute vitesse, elles ne gagnent pas plus de 1 000 à 1 200 euros par mois ; celles qui travaillent entre quatre et cinq heures par jour culminent à 700-750 euros. La pause déjeuner théorique de vingt minutes, elles la sautent.

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