L’hypocrisie faite aux femmes

Tout, dans le « Grenelle des violences conjugales » lancé par le gouvernement, suinte l’hypocrisie.

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Elle aurait pu choisir le 25 août, jour où Éliane, 26 ans, est morte de la vingtaine de coups de couteau assénés par son ex-conjoint. Ou le 28 août, jour où Sarah a été tuée au fusil, le jour de ses 30 ans, par le père de son troisième enfant, contre qui elle avait pourtant déposé plainte en mai. Mais Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a choisi le 3 septembre 2019, en référence au 3919, le numéro d’écoute (et non d’urgence) destiné aux femmes victimes de violences, pour lancer son « Grenelle des violences conjugales ». Marketing un jour…

Loin de moi l’idée de remettre en question ce dispositif téléphonique – tous les trois jours en moyenne, une femme meurt sous les coups de son compagnon ou de son ex, et elles seraient sans doute encore plus nombreuses si cette plateforme d’écoute n’existait pas –, mais tout de même… Annoncer la tenue d’un Grenelle juste après que le collectif féministe #NousToutes a manifesté en juillet, alors qu’associations et tribunaux tirent le signal d’alarme depuis des années ? Promettre des mesures alors que, rien que cet été, vingt-cinq femmes ont été tuées, portant à cent le nombre de victimes déjà comptabilisées depuis le début de l’année ? Estampiller la concertation « Grenelle des violences conjugales », alors qu’il existe un mot juste, le féminicide ? Tout, de l’attitude à la réponse en passant par la terminologie, suinte l’hypocrisie. Bien sûr, ce gouvernement est hypocrite, et nous l’écrivons bien trop souvent dans Politis pour nous en étonner, mais cette hypocrisie-là est particulièrement révoltante ! S’afficher en parangon du progressisme en période électorale pour gagner (ou pas) face au lepénisme ne suffit pas.

Être progressiste, Monsieur Macron, Madame Schiappa, c’est aussi nommer les choses telles qu’elles sont : quand on tue une femme parce qu’elle a le malheur d’en être une et parce qu’elle refuse la tutelle d’un homme, c’est un féminicide. Quand on tue une femme parce qu’elle est indépendante, cultivée, seule ou accompagnée, c’est un féminicide. Sans même s’appesantir sur les mots, c’est tout le dispositif qui est critiquable : quand on promet un fonds de 1 million d’euros alors que, selon le rapport du Haut Conseil à l’égalité (« Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ? », novembre 2018), c’est 506 millions qu’il faudrait pour lutter efficacement contre ces violences, c’est qu’on se moque un peu du monde. Et ce qu’on comprend, derrière ce Grenelle « vide » – selon les mots de la députée Clémentine Autain –, c’est que, plutôt que de lutter contre ceux qui foutent sur la gueule des femmes, c’est de notre gueule qu’on se fout.


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