À l’ancre des rêves

Je suis au pays avec ma mère nous accueille dans la vie intérieure de Cédric, adolescent en exil. Une collaboration entre la psychothérapeute Irène de Santa Ana et la dessinatrice Isabelle Pralong.

Tout commence par une histoire de voisinage. La psychothérapeute Irène de Santa Ana parle avec la dessinatrice Isabelle Pralong : elle a aimé sa bande dessinée intitulée Oui mais il ne bat que pour vous (1). Elle-même a écrit un article sur un jeune exilé dont le procédé – rêve-réalité et dedans-dehors – est le même que celui de la bande dessinée. Elle le lui confie. Six mois plus tard, après avoir lu l’article, Isabelle Pralong contacte Irène de Santa Ana. Ensemble, pendant trois ans, elles vont dessiner et écrire Je suis au pays avec ma mère.

Mais peut-être que tout commence par un travail thérapeutique. Cédric, adolescent migrant non accompagné, est suivi par Irène de Santa Ana à Appartenances. Cette association propose, en Suisse, une aide spécialisée à des personnes présentant une souffrance psychique en lien avec la migration et/ou un vécu de guerre, de torture ou d’autres formes de violence collective. « Une attention particulière est accordée à la culture d’origine des patients, à leur vécu migratoire, ainsi qu’à leurs conditions de vie en Suisse. » Pendant huit ans, Cédric et Irène de Santa Ana vont se rencontrer régulièrement. Un suivi au long cours que permet Appartenances, qui n’y met pas un terme à l’obtention de la majorité, contrairement à nombre de structures européennes.

À moins que tout ne commence par l’arrivée de Cédric en Europe, les demandes d’asile refusées. Ou son emprisonnement en Afrique, la mort de son père, de sa sœur, de sa mère. Voire quand il a été nommé à l’âge de sept jours, fêté à sept ans. Quand il s’est mis à rêver, quand il s’est mis à y réfléchir et à en parler. Une certitude, pourtant : Je suis au pays avec ma mère est né de rencontres puissantes et de longs cheminements. Et c’est ainsi que ce livre nous accueille, d’un pas lent et décidé, dans la vie intérieure d’un garçon aux rêves vibrants.

Les rêves. Pas les papiers ni les politiques migratoires. Pas l’exil, le voyage et leurs traumas. Ni la clandestinité forcée et ses violences, la peur de l’emprisonnement ici ou là-bas. Pas même les comparaisons entre ici et là-bas. Non, les rêves, le fil ténu, incontrôlable, qui tient Cédric d’une seule pièce. Qui nous le rend à nouveau ni migrant ni étranger mais enfant comme nous l’avons été et personne en devenir. Aux rêves, nous nous sommes tous frottés et tous nous en avons senti la force magique. Ce sont eux qui nourrissent Je suis au pays avec ma mère.

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