Lubrizol : pourquoi l’État n’est plus crédible

Gestion chaotique, cacophonie gouvernementale, leçons non tirées d’incidents passés, normes assouplies : l’incendie de l’usine chimique de Rouen fait monter une crise politique.

N ous voulons toute la transparence ! » L’exigence est devenue un leitmotiv, repris par les habitants de dizaines de localités touchées, les associations, les agriculteurs, les syndicats et les politiques mobilisés après l’incendie qui a ravagé pendant près de vingt heures l’usine Lubrizol à Rouen. L’énorme panache noir qui s’est échappé du site a dispersé des suies jusqu’en Belgique et aux Pays-Bas. Si le foyer principal semblait maîtrisé jeudi 26 septembre dans la soirée, après une intervention de grande envergure des pompiers, l’opacité était loin de s’être dissipée dans les esprits, en début de semaine suivante, en dépit des communiqués uniformément rassurants distillés par la préfecture de Seine-Maritime : « La qualité de l’air est dans son état habituel », « les suies ne sont pas dangereuses », « les analyses n’ont pas fait apparaître de toxicité aigüe. »

De quoi faire sortir de ses gonds François Veillerette. « Il est hallucinant d’entendre le préfet qualifier de “normale” la composition de ces fameuses suies, s’élève le porte-parole de l’association Générations futures, alors qu’elles contiennent des composants cancérogènes à long terme. Et puis la belle affaire que la qualité de l’air soit désormais “bonne” : pendant une quinzaine d’heures, des milliers de personnes ont respiré les fumées de l’épais panache à pleins poumons. » Il est même pertinent de parler de « marée noire atmosphérique », estime Jacky Bonnemains, président de l’association Robin des bois.

Lubrizol, qui produit des additifs pour lubrifiants et carburants, stocke notamment des hydrocarbures comme le benzène. Huit mille mètres carrés de toitures amiantées sont partis en fumée. En raison de la dangerosité potentielle de ces produits pour la santé des populations et l’environnement, le site est classé « Seveso seuil haut », dénomination consécutive à l’accident historique qui a eu lieu en 1976 dans la ville du même nom, près de Milan (Italie), et dont a découlé une directive européenne destinée à encadrer les sites chimiques les plus dangereux (1). « Lubrizol, un Seveso français ? », interroge le toxicologue André Cicolella, animateur du Réseau environnement santé (RES). Car les composés produits au cours de l’incendie pourraient receler des dioxines chlorées, cancérogènes chez l’humain, et un puissant perturbateur endocrinien. Comme à Seveso où, quarante ans après, des enfants contaminés lors de la grossesse de leur mère payent le plus lourd tribu. « Dans l’immédiat, commente le RES, les consignes recommandant d’éviter tout contact humain et demandent la mise à l’écart des animaux et des végétaux contaminés par les suies apparaissent appropriées. C’est en priorité les femmes enceintes qui doivent éviter cette contamination. »

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