« Nous survalorisons les diplômes »

Selon la sociologue Marie Duru-Bellat, le système français veut faire de tous ses jeunes des « intellectuels ». Or les études ne sont plus une garantie d’avenir professionnel.

Les études sont « vendues » aux jeunes Français comme gage unique de réussite et d’épanouissement professionnel futur. D’après Marie Duru-Bellat, spécialiste de l’éducation et de l’enseignement supérieur, le malaise de la jeunesse étudiante, au-delà des questions économiques, s’explique aussi par les limites de ce système.

En tant qu’observatrice du monde étudiant, que pensez-vous de l’évolution de la situation des étudiants français ?

Marie Duru-Bellat : Cela dépend de ce que l’on prend en compte. Si l’on regarde les chiffres de la précarité étudiante, il n’y a pas de changement spectaculaire, même si la situation a plutôt tendance à se dégrader et qu’il est inacceptable que des jeunes vivent dans la pauvreté. Mais, même si les chiffres n’indiquent pas de rupture, le sentiment de frustration des étudiants grandit depuis quelques années, et il n’est pas uniquement lié à la question du revenu ou du coût de la vie. Il est bien plus profond.

Il faut d’abord prendre en compte, sur un temps long, la dégradation de l’image sociale de l’étudiant. Ce n’est plus un statut valorisant. Par le passé, la vie étudiante était enviée, il y avait un certain prestige à suivre des études. On était donc prêt à « se serrer la ceinture » pour cela.

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