Xinjiang : Révélations sur l’enfer des camps chinois

Le 25 novembre, 17 médias ont publié des directives internes de l’État chinois décrivant les méthodes de détention mises en place à l’encontre des Ouïghours.

Lena Bjurström  • 27 novembre 2019
Partager :
Xinjiang : Révélations sur l’enfer des camps chinois
© Yasin Ozturk/ANADOLU AGENCY/AFP

Orwell a dû se retourner plus d’une fois dans sa tombe, tant son nom, devenu adjectif, a été utilisé ces dernières années. Pourtant, « orwellien » est bien le premier qualificatif qui vient à l’esprit quand on lit le détail des mesures de répression mises en place par le pouvoir chinois à l’encontre des Ouïghours et d’autres minorités musulmanes. Le deuxième est « concentrationnaire ».

Le 25 novembre, 17 médias, dont Le Monde, réunis au sein du Consortium international des journalistes d’investigation, ont publié des directives internes de l’État chinois décrivant les méthodes de détention mises en place au Xinjiang. On y apprend notamment l’ampleur du dispositif de surveillance de ces populations. Policiers et fonctionnaires sont ainsi chargés de transférer des informations sur chaque membre de la communauté ouïghoure sur une « plateforme intégrée d’opérations conjointes ». Cette gigantesque base de données filtre ensuite la population, listant chaque semaine les noms de milliers de personnes à interner au motif d’un comportement suspect – avoir prié peut suffire.

La centaine de camps d’internement, où plus d’un million d’Ouïghours seraient détenus, constituent le cœur de la politique menée par Pékin depuis 2016. Mais leur appellation officielle – « centres d’éducation et de -formation » – dissimule mal leur -réalité coercitive. Les détenus, qualifiés d’« étudiants », y sont soumis à une « éducation idéologique » partagée entre l’apprentissage du mandarin, la « pensée de Xi Jinping » et « la repentance et l’aveu », soit l’autocritique, un grand classique chinois. Les détenus doivent ainsi réfléchir au « caractère illégal, criminel et dangereux de leur comportement passé » et mettre leurs fautes supposées par écrit pour être punis. D’anciens détenus aujourd’hui réfugiés à l’étranger relatent également des viols répétés de jeunes femmes par les gardes et l’existence de chambres de torture.

Si de plus en plus d’États dénoncent aujourd’hui cette politique de rétention et d’endoctrinement, à l’ONU, Pékin organise sa contre-offensive. Début novembre, 54 pays, sous la houlette de la Biélorussie, saluaient « positivement les résultats en contre-terrorisme et déradicalisation » de la Chine au Xinjiang. Face à eux, 23 États, dont la France, demandaient à la Chine « de respecter ses engagements internationaux » sur les droits humains. Mais rares sont ceux à avoir traduit ces déclarations en actes. « Si le monde ne réagit pas, nous allons disparaître, déclarait Rebiya Kadeer, porte-parole ouïghoure en exil, il y a un an dans Politis (n° 1530). Les mots ne suffisent plus. »

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Rome-Tunis-Alger, super gardiens de la forteresse Europe 
Analyse 4 février 2026 abonné·es

Rome-Tunis-Alger, super gardiens de la forteresse Europe 

Le renforcement des relations entre l’Italie, la Tunisie et l’Algérie remodèle ces dernières années les équilibres de la Méditerranée en matière de surveillance, de défense et d’énergie. Un nouvel axe qui contribue à empêcher toute migration irrégulière, et renforce une Union européenne qui externalise toujours plus sa gestion des frontières.
Par Nadia Addezio
Au Soudan, le peuple pris au piège de la guerre
Analyse 30 janvier 2026 abonné·es

Au Soudan, le peuple pris au piège de la guerre

Depuis 2023, la population soudanaise tout entière est soumise au conflit et aux massacres auxquels se livrent les forces militaires dites régulières et leurs anciens alliés des « Forces de soutien rapide ». Elle fait face à une crise humanitaire sans précédent.
Par Isabelle Avran
Stephen Miller, un suprémaciste à la tête de la sécurité américaine
Portrait 29 janvier 2026 abonné·es

Stephen Miller, un suprémaciste à la tête de la sécurité américaine

Conseiller omniprésent de Donald Trump, l’homme impose une vision du pouvoir fondée sur la loi du plus fort. Architecte des politiques migratoires brutales, il fait du langage une arme et étend son influence bien au-delà de son titre officiel.
Par Juliette Heinzlef
Du Ku Klux Klan à l’ICE : le fantasme réactionnaire du mythe du chevalier
Décryptage 29 janvier 2026 abonné·es

Du Ku Klux Klan à l’ICE : le fantasme réactionnaire du mythe du chevalier

La figure du chevalier concentre chez l’extrême droite américaine une rhétorique de défense ethnique et religieuse aujourd’hui banalisée, dissimulant la violence qu’elle charrie.
Par Juliette Heinzlef