Antisionisme : Une résolution inspirée par les colons israéliens

Une résolution adoptée mardi 3 décembre à l’Assemblée nationale reprend une définition très polémique de l’antisémitisme.

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La résolution qui porte le nom du député LREM Sylvain Maillard, soumise mardi 3 décembre à l’Assemblée nationale, est un rêve pour Netanyahou et ses soutiens de l’extrême droite israélienne. Elle reprend une définition très polémique de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. Le texte, qui vise à rendre délictueux l’antisionisme en l’assimilant à l’antisémitisme, a été présenté en mai à Paris, en présence du leader des colons Yossi Dagan. Tout un programme ! C’est en lui-même un modèle de manipulation. L’antisionisme, désigné par périphrases, n’y est jamais défini pour ce qu’il est, c’est-à-dire la critique de la politique de colonisation des territoires palestiniens, mais comme une expression de « la haine d’Israël ».

L’autre tour de passe-passe consiste à définir Israël en tant que « collectivité juive ». Par là, les auteurs commettent deux fautes : ils ignorent 20 % de la population israélienne, musulmane ou chrétienne, et ils assignent à leur insu les juifs à l’obligation de soutenir la politique coloniale du gouvernement Netanyahou.

L’un des exemples venant en appui du texte va plus loin encore en considérant comme antisémite « le traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande (sic) d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique ». Mais quel autre État se réclamant de la démocratie colonise ainsi des territoires qui ne sont pas les siens, ignore les résolutions des Nations unies et pratique une politique discriminatoire selon des critères ethniques ?

Le 2 décembre, 127 intellectuels juifs du monde entier ont publié dans Le Monde un appel aux députés à « ne pas soutenir une résolution qui assimile à tort l’antisionisme à l’antisémitisme ». « Pour de nombreux juifs se considérant comme antisionistes, écrivent les signataires, cet amalgame est profondément injurieux. »

Post scriptum : Cette résolution a finalement été adoptée par 154 voix contre 72 et 43 absentions (voir le détail du vote). 269 députés seulement étaient votants alors qu'à peine deux heures auparavant ils étaient 547 à participer au vote sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (voir le détail du vote). À noter que tous les députés du Rassemblement national avaient déserté l'hémicycle au moment de l'examen de la résolution Maillard.


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