Femmes : La classe sociale inclassable

Si les femmes partagent beaucoup d’intérêts et d’oppressions, peut-on pour autant les considérer comme une construction sociale classique ? Réponses de Pauline Delage et Noémie Renard.

Agathe Mercante  • 18 décembre 2019 abonné·es
Femmes : La classe sociale inclassable
Une flash-mob contre le patriarcat devant le palais de La Moneda, à Santiago du Chili, le 29 novembre.
© Martin BERNETTI / AFP

On ne naît pas femme, on le devient », a écrit Simone de Beauvoir. À considérer que « femme » est une construction sociale, peut-on alors envisager que toutes les femmes appartiennent à un même groupe social aux problématiques, aux oppressions et aux intérêts semblables ? Pauline Delage, sociologue et politiste (1), et Noémie Renard, chercheuse en biologie et autrice du blog antisexisme.net (2), se sont penchées sur la question.

Peut-on considérer les femmes comme les membres d’une même classe sociale ?

Pauline Delage : C’est une question qui est débattue. Certaines thèses considèrent que les femmes sont bien une classe sociale, car elles ont des intérêts convergents et une place spécifique dans les rapports d’oppression et de production. Mais l’analogie ne fonctionne pas toujours. Certaines femmes occupent des positions dominantes dans la société, alors que d’autres sont dominées. Il faut aussi prendre en compte l’hétérogénéité de ce groupe en termes de race, de sexualité et de classe.

Noémie Renard : Pendant longtemps, les marxistes orthodoxes ont déclaré que les femmes n’étaient pas exploitées en tant que telles et ne constituaient pas une classe sociale à part entière, car il y a des femmes à tous les niveaux du système productif : des ouvrières, des cadres, des travailleuses en profession libérale, des patronnes, etc. Cependant, des féministes matérialistes comme Christine Delphy se sont intéressées à la question du travail domestique et ont montré que les femmes travaillaient au profit des hommes. Le travail domestique est encore réalisé très majoritairement par les femmes.

D’autres formes de travail demeurent invisibles : le travail émotionnel (valoriser, consoler, réaliser des petites attentions), le travail conversationnel (relancer la conversation et montrer de l’intérêt pour la parole de l’autre), le travail relationnel (passer des coups de fil à la famille et aux amis, organiser des événements), etc. Bref, les femmes réalisent un tas de tâches que ne font pas les hommes. C’est un travail invisible, non reconnu, souvent répétitif et,

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Publié dans le dossier
Féminismes : Les nouvelles voix
Temps de lecture : 10 minutes

Pour aller plus loin…

Info Politis : à Mulhouse, une jeune de 17 ans perd la vision d’un œil après un tir de grenade lacrymogène, l’IGPN saisie
Violences • 18 octobre 2026

Info Politis : à Mulhouse, une jeune de 17 ans perd la vision d’un œil après un tir de grenade lacrymogène, l’IGPN saisie

Une adolescente, Maïssa, a été gravement blessée à l’œil au cours de tirs de lacrymogènes par les forces de l’ordre le 17 octobre à Mulhouse. Elle a reçu un projectile en plein visage, une grenade lacrymogène selon des témoins et ne retrouvera pas la vision de l’œil gauche. La justice a saisi la police des polices.
Par Céline Martelet et Pauline Migevant
Dans le Pas-de-Calais, la jeunesse rallume la flamme des gilets jaunes
Reportage • 18 octobre 2026 abonné·es

Dans le Pas-de-Calais, la jeunesse rallume la flamme des gilets jaunes

Le 17 octobre, de Calais à Boulogne-sur-Mer, gilets jaunes, lycéens, étudiants et militants se sont mobilisés pour soutenir la contestation de la jeunesse. Entre barrages filtrants, revendications sociales et dénonciation des violences policières, les manifestants ont tenté de faire converger leurs luttes.
Par Maël Galisson
Manifestations du 17 octobre : « C’est la convergence des colères aujourd’hui »
Reportage • 17 octobre 2026

Manifestations du 17 octobre : « C’est la convergence des colères aujourd’hui »

Selon les organisateurs des manifestations, 800 000 personnes ont battu le pavé ce 17 octobre partout en France, et 550 000 selon le ministère de l’Intérieur. À Paris, la mobilisation a pris les airs d’un nouvel acte des gilets jaunes, huit ans après le début du mouvement. Reportage.
Par Céline Martelet
65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, la même police
Colonialisme • 16 octobre 2026

65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, la même police

Ces dernières semaines, les mobilisations lycéennes ont été marquées par de fortes répressions. 65 ans après le massacre du 17 octobre 1961, les pratiques de la police continuent de porter les traces de son histoire coloniale.
Par Kamélia Ouaïssa