Retraites : une réforme pour moins de justice

Les femmes seront touchées de plein fouet, mais aussi tous les individus dont l’espérance de vie est plus faible.

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Lorsque Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, affirme que le nouveau système de retraite sera garant de plus de justice sociale, faut-il la croire ? Rien n’est moins sûr.

Loin de corriger les inégalités de salaire existantes, le système par points conduit à les accentuer. En instaurant un mécanisme qui s’appuie sur une stricte contributivité et en prenant en compte toute la carrière des personnes, il pénalisera celles qui ont subi une discontinuité de l’emploi en raison d’un congé parental, d’une période travaillée à temps partiel ou d’une séquence de chômage. Rappelons que le système actuel s’appuie sur les vingt-cinq meilleures années pour le régime général et les six derniers mois pour les fonctionnaires. Désormais, toutes les périodes seront intégrées, ce qui réduira d’autant la pension de retraite de celles et ceux qui ont eu des carrières heurtées.

Les premières touchées seront les femmes, qui pâtiront également d’une refonte des droits familiaux. La majoration de la durée d’assurance (quatre trimestres pour la grossesse ou l’adoption et quatre trimestres pour l’éducation) attribuée pour chaque enfant dans le régime général sera supprimée. Le nouveau système prévoit une majoration de 5 % par enfant, mais il est fort probable que les couples décident de l’attribuer à celui qui aura la plus forte pension… c’est-à-dire le père.

La décote de 5 % par année manquante accentuera également les inégalités existantes durant la période d’emploi, car elle constitue une double peine pour les personnes qui, ayant eu une carrière incomplète, auront déjà acquis moins de points pour le calcul de leur pension. Les femmes seront touchées de plein fouet, mais aussi tous les individus dont l’espérance de vie, et en particulier celle en bonne santé, est plus faible. Rappelons que l’écart d’espérance de vie à la naissance chez les hommes est de treize ans entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres. Mais vivre plus longtemps ne signifie pas forcément vivre en bonne santé. En effet, l’espérance de vie sans incapacité en France n’est que de 64,1 ans chez les femmes et de 62,7 ans chez les hommes. Or, cette réforme universelle traite indifféremment les individus, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle, alors même que les ouvriers vivent moins longtemps et avec plus d’années d’incapacité que les cadres !

Prétendre que l’universalité est garante de plus d’égalité, c’est oublier que les conditions de travail sont loin d’être identiques. Au lieu de jeter l’opprobre sur certains régimes spéciaux, comment le nouveau régime compte-t-il prendre véritablement en compte la pénibilité du travail en permettant à ceux qui y sont exposés un départ plus précoce ?

Cette réforme aboutira à plus d’inégalités, mais aussi, et avant tout, à moins de revenus pour tous. François Fillon l’affirmait mieux que personne lors d’une conférence de la Fondation Concorde organisée le 10 mars 2018 : « Le système par points, ça permet une chose qu’aucun homme politique n’avouera, qui est de baisser la valeur du point chaque année et donc de diminuer le niveau des pensions. »


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