« Le pacte du nucléaire pas cher ne tient plus »
La fermeture d’un premier réacteur et le fiasco de l’EPR fragilisent tout projet de relance de l’atome civil en France et mettent la stratégie d’EDF sous pression, analyse Yves Marignac.
dans l’hebdo N° 1591 Acheter ce numéro

Le 22 février, à la centrale de Fessenheim, la plus vieille du parc, un réacteur nucléaire va s’arrêter. Ni incident ni maintenance, mais une décision politique dictée par la loi de transition énergétique. C’est une première en France. EDF, qui peine à envisager un avenir sans nucléaire, a vu son plan de démantèlement de Fessenheim recalé pour insuffisance par l’Agence de sûreté nucléaire (ASN).
C’est le début de la fin pour la centrale de Fessenheim. Un coup dur pour la filière ?
Yves Marignac : Le nucléaire vit indéniablement un moment politico-économique important. À court terme, avec la fermeture de Fessenheim ou les déboires quasi mensuels de l’EPR de Flamanville, mais aussi à long terme. Car cette industrie française ne parvient pas à se dégager du statut identitaire historique dans lequel l’a établie de Gaulle avec le programme nucléaire militaire, et qui s’est transmis au programme nucléaire civil dont il est la continuation. Cette ambition a été soutenue pendant quatre décennies par tous les partis politiques à l’exception des Verts, et majoritairement adoptée par la représentation collective jusqu’à une époque récente.
Car les énergies vertes sont en plein essor, fiables et compétitives…
La position symbolique du nucléaire est effectivement en cours de dilution rapide. Aujourd’hui, quand on parle d’énergie, l’opinion pense plus « renouvelables » que « nucléaire ». Seule une minorité active, repliée sur la filière industrielle, a encore foi en un avenir qui