Les chasser de nos vies

Ceux qui nous demandent de rester « unis » sont ceux qui ont fermé des lits et supprimé des postes.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Emmanuel Macron a besoin de nous. Emmanuel Macron veut nous enrôler dans la « guerre » contre le coronavirus. Emmanuel Macron veut que nous restions « unis ».

On peut bien sûr considérer, pendant, disons, vingt-trois secondes – grand maximum –, que c’est un tout petit peu mieux, à tout prendre, que la morgue hallucinée dont ce personnage a constamment fait preuve depuis qu’il a été mis dans l’Élysée par le hasard d’une confrontation de second tour avec la Pen. (Il y a quelques jours à peine, rappelons-nous, il nous expliquait encore que c’était pas parce qu’on éprouvait un peu d’angoisse à l’idée d’attraper la mort qu’on devait renoncer « aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été » et bien sûr « à la liberté », bande de pétochard·es (1).)

Mais juste après – à la vingt-quatrième seconde, donc – on regarde d’un peu près qui (et ce que) sont les gens qui psalmodient que nous dev(r)ons, tou·tes ensemble, rester gruppiert dans l’épreuve puis dans les temps difficiles qui suivront la fin de l’épidémie.

Ce sont les mêmes qui, en novembre dernier, se glorifiaient d’avoir encore réalisé près de 4 milliards d’euros d’économies, absolument nécessaires, assuraient-ils, sur le dos des chômeurs et des chômeuses. Ce sont les mêmes qui, le mois dernier, exigeaient encore une économie de 12 milliards d’euros sur le dos des retraité·es pour « sauver » notre système par répartition. Ce sont les mêmes (2) qui, en même temps qu’ils fragilisaient toujours plus les populations les plus vulnérables – des chômeurs aux retraité·es en passant par tant d’autres encore –, ont aussi, et très (très, très) méthodiquement, détruit au fil des trois dernières décennies le service public hospitalier, fermant des établissements et des services, supprimant des lits et des postes – ceux-là mêmes qui aujourd’hui font si cruellement défaut –, au prétexte, toujours, qu’il fallait là aussi, juraient-ils gravement, faire d’autres économies. Sur le dos des malades – et des soignant·es.

Mais depuis le début de « la crise sanitaire » – comme ils disent joliment – où nous mesurons les effets abominables de leur incurie, les voilà qui, devenus beaucoup moins parcimonieux, trouvent sans la moindre difficulté, pour sauver leurs clientèles industrielles et patronales, des centaines de milliards d’euros.

Alors il va falloir les prévenir un peu vite qu’après la fin du confinement, non, on ne va définitivement pas rester uni·es avec et derrière eux – mais contre eux. Pour les chasser de nos vies. Parce que la preuve est en train d’être faite une fois de plus, et de quelle manière, qu’ils les menacent trop gravement.

(1) Le même, huit jours plus tard, tancerait avec le même aplomb les mauvais sujets coupables, selon lui, de ne pas suffisamment respecter les consignes du confinement.

(2) Et il faudra évidemment, quand viendra le moment des premiers bilans, les chercher (et les trouver) très au-delà des seules coteries macronistes – jusque, par exemple, dans les rangs du Parti « socialiste », n’est-ce pas, François Hollande ?


Haut de page

Voir aussi

Articles récents