Monsieur Castaner, c’est qui les imbéciles ?

Le ministre de l’Intérieur et le gouvernement infantilisent la population avec des messages de confinement ambigus.

Patrick Piro  • 20 mars 2020
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Monsieur Castaner, c’est qui les imbéciles ?
© Photo : FranceTV / AFP

J’ai éprouvé un vrai malaise à lire le commentaire de Christophe Castaner sur le comportement de gens « qui sous-estiment le risque. (…) Il y a des gens qui pensent qu’ils sont des héros modernes à enfreindre la règle alors même qu’ils sont des imbéciles » (Europe 1, jeudi 19 mars). 

À qui adressait le ministre de l’Intérieur ? A minima à celles et ceux qui continuent à s’agglutiner au soleil comme avant un 16 mars. Mais aussi au jogger à la foulée solitaire dans un bois et à ces couples qui se délassent sur une plage, à 100 mètres de tout postillon tiers, sans toucher la moindre barre de métro. 

Pourtant les messages officiels nous décervèlent à coup de « vraies » informations sur le coronavirus : pas de contact physique, plus d’un mètre de distance, pas de regroupements, etc. Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, expliquait mardi dernier, pédagogique, qu’il s’agissait de « diviser par dix » le nombre de personnes avec lesquelles nous sommes statistiquement en contact chaque jour, soit passer de 50 à 5 en moyenne, précisa-t-elle même.

Alors encore une fois, nous voilà surplombés par des sachants et des décideurs qui font profession d’infantiliser les gens. Car il ne nous est jamais explicité ce que cherchent à obtenir les consignes très strictes : le contrôle de la population. Ce qui est entendable face à un grave danger collectif. Et il est évidemment impossible (ni bien sûr souhaitable) de mettre un sbire derrière qui va faire ses courses afin de vérifier qu’il ne se formera un conciliabule inopiné sur le trottoir. Et que donc il faille obéir à la consigne, sans chercher à l’interpréter, dans ce moment de crise aiguë. 

Mais, Monsieur Castaner, en quoi est-on « un imbécile dans son comportement et surtout une menace pour soi-même » quand on dégourdit ses jambes à un kilomètre de distance de son domicile ? Allez-vous bientôt prétendre que trottiner dans un rayon de 200 mètres est un geste de salut public ?

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