Bidonvilles : L’État se bouge enfin

L’urgence nationale a forcé les pouvoirs publics à débloquer des situations sanitaires scandaleuses dans plusieurs bidonvilles.

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Dans les bidonvilles de Saint-Denis, l’arrivée de l’eau a été un soulagement considérable. « Les gens dépensaient jusqu’à 10 euros par jour pour acheter de l’eau en bouteille ! », rapporte Baptiste Lecuyot, de Solidarités International, qui a installé des rampes de distribution avec la Fondation Veolia. À Marseille, « ça faisait parfois plus de deux ans que nous réclamions l’accès à l’eau pour les bidonvilles, relate Caroline Godard, responsable de l’association Rencontres tsiganes. Il y avait toujours un empêchement… Et voilà que ça a été réglé en quelques jours. Désolant qu’il ait fallu ce virus… »

La semaine dernière, le large Collectif des associations unies (CAU) faisait le point sur la situation des populations précarisées, ces « oubliés du confinement » (voir urlz.fr/crpr), après des premières semaines « proches du chaos » : lourd déficit d’hébergements, détresses alimentaires, accès à l’eau potable et aux sanitaires fermés, impossibilité de travailler, etc. Et si les pouvoirs publics se sont finalement mobilisés, c’est souvent sous la pression des associations, de manière insuffisante et avec retard. Il a fallu dix jours au gouvernement pour diffuser, le 27 mars, une instruction enjoignant les préfets à organiser l’hébergement de toutes les personnes à la rue (quel que soit leur statut), la coordination des actions, les conditions de distribution des denrées alimentaires, le maintien des interventions associatives.

Et l’accès à l’eau ainsi qu’aux sanitaires. « Mais qu’entend-on par “accès” ? », renvoie Catherine Frapard, de Médecins du monde Nantes. Parfois, il s’agit juste d’un tuyau qui traîne par terre. Et si une borne à incendie se trouve à moins de 500 mètres, il n’est pas prévu d’équipement supplémentaire. À Toulouse, un bidonville ne dispose que de deux robinets pour des dizaines de familles. Des questions restent dans le flou. À Marseille, des citernes, à remplir tous les jours, ont été déposées : qui va les payer ? Quant à l’accès à des douches, il n’a été réglé que le 8 avril. « On constate une certaine bonne volonté de la part des pouvoirs publics, mais c’est souvent bien loin des standards internationaux », relève Nathalie Godard, présidente de l’association Romeurope, qui intervient auprès de populations roms. En période d’épidémie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise 60 litres d’eau par jour et par personne pour boire, faire la cuisine et se laver.

Le point noir le plus scandaleux de France se situe probablement à Grande-Synthe (Nord). En cause, la mauvaise volonté de la préfecture des Hauts-de-France. Quelque 600 personnes migrantes, essentiellement kurdes, ne disposent que d’une citerne d’eau non potable, accessible seulement entre 8 et 18 heures. « Insupportable… Ça fait trois ans que nous essayons de débloquer une situation que je n’arrive plus à qualifier tellement l’enjeu est politique », commente Franck Esnée, responsable de l’antenne régionale de Médecins du monde. Et si 24 douches ont finalement été installées il y a une semaine par la sous-préfecture de Dunkerque, la « philosophie » initiale a été conservée pour les toilettes : six cabines seulement, ouvertes entre 8 heures et 17 heures Soit cinq fois moins que préconisé par les normes humanitaires. « Les autorités sont dans une posture parfaitement abusive, considérant avec constance qu’elles en font bien assez, sous peine de créer un “appel d’air” qui inciterait d’autres personnes à venir. » Une attitude qui a poussé six des plus importantes associations de défense des droits humains à écrire au ministre de l’Intérieur pour dénoncer cet état de fait.


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